Quand le général américain Horatio Gates s’est imposé sur le général britannique John Burgoyne lors de la bataille de Saratoga en octobre 1777, les deux côtés furent en guerre depuis plus de deux ans, avec les Américains qui avaient perdu presque toutes les batailles jusqu’à lors. L’armée britannique était bien munie de munitions, alors que les Américains n’en avaient presque plus.  Ceci changeait en 1777, quand une grande livraison d’armements fournie par le dramaturge Pierre Beaumarchais (mais financée par les gouvernements français et espagnol) est arrivée en Nouvelle Angleterre pour donner l’armée de Gates assez d’armes pour vaincre les Britanniques.   

La France et l’Espagne avaient discrètement envoyé de petites quantités d’armes et de fournitures aux Américains depuis le début de la guerre en 1775.  Ceci faisait partie d’une stratégie de longue durée de revanche du côté de la France et de l’Espagne, les deux ayant été gravement battues par l’Angleterre lors de la guerre de Sept Ans (1754-1763) mais qui restaient des alliés grâce aux Pactes de Famille Bourbon. Les Américains savaient que la France et l’Espagne voulaient se rebiffer contre l’Angleterre, et en réalité qu’elles dépendaient d’eux afin de gagner la guerre ensemble.  Ils savaient aussi que les deux pays ne pouvaient intervenir dans une guerre civile, donc le Congrès Continental écrivait la Déclaration d’Indépendance pour annoncer aux rois Louis XVI et Carlos III que l’Amérique était dorénavant une nation souveraine, capable de former des alliances afin de vaincre le roi George III et ses armées.  

Le ministre des affaires étrangères français, Vergennes, était sûr qu’une victoire américaine et son indépendance serait dans l’intérêt de la France, car si l’Angleterre gagnait la guerre – ce qui semblait certain – un Empire Britannique reconstitué en Amérique du Nord saurait s’attaquer aux colonies sucrières rentables de la France dans la Mer des Caraïbes. It était aussi convaincu que la seule façon pour l’Amérique de gagner la guerre était la création d’une alliance avec la France.  Vergennes attendait tout simplement le bon moment avant de annoncer cette alliance.       

Benjamin Franklin est arrivé en France à la fin de 1776, pour se joindre à deux autres diplomates américains, Silas Deane et Arthur Lee. Ils espéraient signer un traité commercial avec Versailles.  Vergennes évitait toute discussion avec les commissaires américains, parce que même un traité commercial aurait provoqué une guerre avec la Grande Bretagne avant que la marine française soit préparée et l’Espagne engagée dans le combat.  Mais, dans les coulisses, il se préparait pour une alliance américaine tout en esquissant le schéma pour une attaque bilatérale bourbonnaise contre les Anglais.  L’Espagne n’était pas encore en posture pour se joindre au combat – elle avait de flottes de trésors toujours en mer qui étaient vulnérables aux agressions britanniques – mais Vergennes savait que l’Espagne rentrerait dans la guerre en tant qu’allié tôt ou tard.     

La nouvelle de la victoire américaine à la bataille de Saratoga est arrivée à Paris le 4 décembre 1777.  Voilà donc le prétexte que Vergennes attendait avant de créer une alliance avec les Américains.  It était si bien préparé pour cet événement que moins de 24 heures après l’arrivée des nouvelles de Saratoga, Vergennes demandait à son premier commis, Gérard de Rayneval, d’envoyer une lettre aux commissaires américains afin de demander une réunion le jour suivant. Le lendemain, donc, Gérard commençait à négocier avec les trois hommes. Les Américains et les Français se sont mis d’accord pour ignorer toute proposition de l’Angleterre qui “n’avait pas à son fond la liberté et l’indépendance totale” des États-Unis. À son tour Gérard proposait non seulement le traité commercial que les Américains cherchaient, mais aussi un traité d’alliance militaire, en promettant que la France se tiendrait à côté d’eux en cas de guerre.

Alors que les négociations pour le traité continuait, Vergennes a indiqué à Gérard d’ajouter une acte à part, en secret, qui invitait l’Espagne “d’accéder aux dits traités”. Le vendredi soir du 6 février 1778, les documents estampés finaux – un traité d’amitié et de commerce, un traité pour une alliance militiare et un acte secret – étaient prêts pour être signés.  Ce document fut signé dans l’appartement au deuxième étage de Deane, à l’Hôtel de Coislin sur l’actuelle place de la Concorde. Quand Franklin arrivait de son cottage à Passy, Gérard, Deane et Lee étaient déjà sur place, se chauffant devant la cheminée du salon. Les quatre hommes comparaient le texte anglais à gauche à chaque page du texte français à droite. Une fois satisfaits, Gérard a signé et scellé les documents le premier, suivi par Franklin, Deane et Lee, de gauche à droite. À neuf heures, la cérémonie avait été accomplie, puis Franklin a rapporté les documents à Passy pour les copier, alors que Gérard repartait vers Versailles.  

Le 20 mars, Louis XVI a accepté formellement “les ambassadeurs des Treize Provinces Unies”, la première recognition des États-Unis en tant que nation souveraine.  Pendant ce temps-là, les exemplaires du traité avaient été envoyés en Amérique à bord la frégate française Sensible, qui est arrivée à Falmouth, Maine, en avril.  Des courriers apportaient ces exemplaires au Congrès Continental pour sa ratification, mais aussi à George Washington à Valley Forge, qui a commandé que l’alliance soit fêtée avec un feu de joie, une ration supplémentaire de rhum pour les soldats, et des toasts festifs de “Vive le Roi de la France”. Un militaire, Henry Brockholst Livingston, a écrit à son cousin que “l’Amérique a été sauvée par ce qui est presque un miracle”,  exprimant ainsi un large sentiment de soulagement que l’Amérique se battait dorénavant à l'égalité en alliance avec la France contre un adversaire commun – une alliance qui vit jusqu’à ce jour.   

 

Publié en mai 2021