Le marquis Louis-Joseph de Montcalm est né en 1712 dans une famille de militaires du Languedoc. Entre 1733 et 1748, il prend part aux affrontements de la succession de Pologne et d’Autriche où il acquiert une expérience variée de la grande et de la petite guerre. Le jeune officier combat notamment sur le Rhin, en Bohême et dans le nord de l’Italie où il reçoit cinq coups de sabre.
Montcalm n’est que l’un des nombreux colonels de cavalerie de l’armée française en 1756 lorsqu’il est choisi pour commander les troupes de la Nouvelle-France. Promu maréchal de camp à l’âge de 44 ans, il franchit l’Atlantique à bord d’une frégate qui le mène à Québec. À l’instar de plusieurs de ses camarades, il note ses observations sur la géographie, le climat, les autochtones et la société coloniale dans un petit carnet. Le marquis constate ainsi que les Canadiens parlent un très bon français ponctué d’expressions tirées de la marine.
En Amérique, Montcalm est chargé d’exécuter les ordres du gouverneur de la Nouvelle-France, le marquis Pierre de Rigaud de Vaudreuil. Ce Canadien de naissance est principalement basé à Montréal d’où il supervise les opérations. Il ne se déplace pas aux frontières de la colonie, ce qui donne une certaine marge de manœuvre au général français qui doit interpréter les directives du gouverneur devant l’ennemi.

Les campagnes

La guerre officieuse que se livrent la France et la France en Amérique vient tout juste d’être officialisée lorsque Montcalm rejoint Québec en mai 1756. Dès sa première campagne, le général s’empare du fort Oswego et de la marine de guerre britannique du lac Ontario. L’année suivante, il rase le fort William-Henry au sud du lac Champlain. C’est sur ce théâtre d’opérations reliant le Canada à la province britannique de New York que le marquis remporte sa plus éclatante victoire en 1758 alors qu’il défend les abords du fort de Carillon.
Brouillé avec Vaudreuil, Montcalm demande son rappel en France à l’été 1758. Il se ravise toutefois à la nouvelle de la chute de la ville fortifiée de Louisbourg, aux portes du golfe du Saint-Laurent, et du fort Frontenac, à l’embouchure du lac Ontario. La vallée laurentienne est désormais menacée d’une invasion par trois côtés. La prochaine campagne sera décisive puisqu’on y retrouve la plus grande partie des quelques 80 000 habitants de la Nouvelle-France.
À l’approche de l’hiver, Montcalm et Vaudreuil se concertent pour dépêcher un émissaire commun à Versailles. Leur choix s’arrête sur le jeune Louis-Antoine de Bougainville qui est venu au Canada à titre d’aide de camp de Montcalm. Parvenu à bon port dans le courant de l’hiver, le futur navigateur soumet à la Cour une série de mémoires réclamant des renforts. Les vaisseaux de guerre demandés pour défendre l’estuaire du Saint-Laurent sont toutefois refusés. Ils sont plutôt destinés à un projet de débarquement en Angleterre.

La chute

En 1759, Vaudreuil rassemble ses troupes autour de Québec en laissant les frontières méridionales du Canada à découvert. Le corps expéditionnaire britannique du général James Wolfe débarque à l’île d’Orléans à la fin juin. Protégé par son escadre, Wolfe prend position au sud de Québec qu’il bombarde à compter de la mi-juillet. Montcalm se retranche sur la rive nord du Saint-Laurent qui fait office de ligne de front entre les deux armées. La campagne est sur le point de se terminer en sa faveur lorsqu’il est surpris au matin du 13 septembre par le débarquement britannique de l’anse au Foulon, en amont de Québec.
Montcalm mène ses troupes sur les plaines d’Abraham où les deux armées se forment par vagues successives, à un peu plus d’un kilomètre à l’ouest des remparts. Redoutant l’arrivée de nouveaux canons britanniques, le marquis ordonne la charge. Blessé au bras et à la cuisse dans le feu de l’action, il est atteint une dernière fois au cours de la déroute de l’armée française. Une balle lui transperce le bas des reins, provoquant une inflammation de l’estomac dont il décède le lendemain matin, dans la maison d’un chirurgien de Québec. La ville capitule le 18 septembre. La reddition du Canada est signée l’année suivante à Montréal.
Le défunt général est immédiatement associé à la figure du martyr tombé au combat après avoir livré un ultime baroud d’honneur devant les murs de la capitale coloniale. C’est ainsi qu’il est dépeint par ses anciens compagnons d’armes qui élaborent un projet d’épitaphe deux ans après sa mort. L’aura tragique du « grand vaincu » se maintient des deux côtés de l’Atlantique jusqu’au milieu d’un XXe siècle marqué par le déboulonnement des anciennes figures de l’historiographie romantique.

 

Publié en mai 2021