Après une période d’hésitation, la France de Louis XVI répond en 1778 à l’appel du Congrès continental qui, le 4 juillet 1776, a adopté la Déclaration unanime des treize États unis d’Amérique, plus connue sous le nom de Déclaration d'indépendance des États-Unis d'Amérique. Elle s’engage militairement et financièrement avant tout pour des raisons diplomatiques et commerciales visant à contrecarrer les ambitions britanniques. Cette participation militaire française est décisive dans la victoire du nouvel État américain.

L’ancienne rivalité franco-anglaise

La vive hostilité entre la France et l’Angleterre, qui apparait au début du XVIIIe siècle, est largement alimentée par le cuisant échec français lors de la guerre de Sept Ans et les dispositions du traité de Paris de 1763 dont la principale conséquence est la perte de nombreuse colonies, dont la Nouvelle-France. Bien que le duc de Choiseul ait habilement sauvé plusieurs atouts fondamentaux pour l’économie du royaume – la morue de Terre-Neuve, le sucre des Antilles, les esclaves d’Afrique et les comptoirs indiens –, il n’en demeure pas moins que ce traité est vécu comme une véritable humiliation. Dès lors, toujours sous l’impulsion de Choiseul, la France se lance dans une politique de réarmement, sur terre comme sur mer. Autant de choix qui seront décisifs lors de la guerre d’Indépendance américaine. D’un point de vue diplomatique, l’idée de revanche nait assez tôt même si elle n’apparait pas comme obligatoirement militaire. La diplomatie française s’emploie plutôt à attiser les conflits au sein de l’empire britannique et à rivaliser sur le terrain commercial. La révolution américaine répond à ces deux ambitions. Affaiblissant l’ennemi de l’intérieur, elle fait également naitre l’espoir d’une reconfiguration des circuits commerciaux mondiaux, même si la France n’envisage à aucun moment de regagner le Canada. Tout en affectant la neutralité, la Couronne française procure en secret aux insurgents dès 1776 du matériel, des armes (dont le fameux canon Vallière) et des munitions.

Un alliance d’intérêts réciproques

Il ne faut donc pas voir dans l’aide apportée aux insurgents une quelconque adhésion philosophique de la monarchie française au projet politique américain. L’hostilité réciproque entre les Treize Colonies et la France est aussi vive, si ce n’est plus, qu’avec l’Angleterre. Par contre, une bonne partie de l’opinion publique, guidée par de nombreux intellectuels mais aussi par la noblesse libérale et les milieux financiers, soutient la cause des Américains. Ce soutien pèse incontestablement dans les réponses de Versailles aux demandes des représentants du Congrès Silas Deane, Benjamin Franklin et Thomas Jefferson arrivés en France à la fin 1776. Les négociations menées par le comte de Vergennes, secrétaire d’Etat des Affaires étrangères, s’accélèrent après la défaite anglaise de Saratoga du 17 octobre 1777, celui-ci craignant un accord de paix entre les belligérants. Elles aboutissent à la signature de deux traités le 6 février 1778 : un d’amitié et d’alliance qui accorde des privilèges commerciaux réciproques et un autre d’alliance militaire dès que la guerre éclatera entre la France et l’Angleterre. Cette alliance rendue publique suscite en France une adhésion presque euphorique des milieux éclairés. La France entraine dans son sillage l’Espagne à compter du 21 juin 1779, en vertu du Pacte de famille des Bourbons.

Dès le début des combats, de jeunes officiers français idéalistes se portent volontaires pour apporter leur soutien à la cause américaine. Le plus célèbre est bien entendu Gilbert du Motier, marquis de La Fayette, qui, à 19 ans, signe à Paris le 7 décembre 1776 un engagement dans l'armée américaine. Il arrive à Georgetown le 13 juin 1777 et est promu major général le 31 juillet. Il se lie rapidement d’amitié avec George Washington et joue un rôle important durant tout le conflit. Il incarne toujours à lui seul une vision romantique de l’adhésion française à la cause des insurgents.

Un apport militaire et financier français décisif

La rupture diplomatique avec Londres survient mi-mars 1778 juste après la reconnaissance de la déclaration d’indépendance. L’engagement militaire français commence avec l’envoi le 13 avril d’une escadre de douze vaisseaux de ligne et quatorze frégates, embarquant des renforts d’infanterie, commandée par le vice-amiral d’Estaing. Mais le premier combat franco-anglais, marquant le début de la guerre, a lieu plus au nord lors de la bataille d’Ouessant le 27 juillet avec un avantage français. Le bilan de la campagne américaine de l’escadre d’Estaing est mitigé avec une série de déceptions, comme des opérations sans profit devant New York et Newport et surtout un échec à prendre Savannah en septembre 1779.

Le 2 mai 1780 appareille de Brest une nouvelle expédition de sept vaisseaux de ligne, six frégates et trente-six bâtiments de transport menant un corps de 5 000 hommes commandé par Jean-Baptiste-Donatien de Vimeur, comte de Rochambeau. Les troupes françaises mènent de nombreuses opérations simultanées avec l’armée de Washington. Le 22 mars 1781, une escadre de vingt vaisseaux commandés par l’amiral de Grasse quitte également Brest, rejoint les Antilles pour y mener des opérations coordonnées avec la flotte espagnole, et arrive ensuite devant la baie de la Chesapeake le 30 août où elle surprend une flotte britannique. La victoire française empêche la Royal Navy de secourir les troupes britanniques du général Cornwallis retranchés à Yorktown et permet au contraire d’entreprendre un blocus de la ville. Au même moment, la France s’endette toujours plus pour financer la guerre mais aussi directement les troupes américaines (6 millions de livres en mai 1781). Les troupes franco-américaines commandées par Washington, Rochambeau et La Fayette se rejoignent à la fin septembre et font le siège de Yorktown, qui tombe rapidement le 19 octobre. Cette victoire force les Britanniques à entamer des négociations pour la paix, qui les conduiront à la reconnaissance de l'indépendance américaine.

 

Publié en mai 2021