Un cartographe de l’Amérique du Nord

Jeune Saintongeais doué pour le dessin, Champlain intègre, dès 1592, le service des logis de l’armée d’Henri IV. Il s’agit d’un véritable service de renseignements qui collecte les informations utiles au ravitaillement et aux déplacements des troupes et qui s’informe aussi sur les positions ennemies. Ses membres réalisent des cartes des régions traversées et dessinent des vues de places fortes. Le jeune Champlain est ainsi formé en Bretagne à l’occasion de la guerre menée contre les troupes ligueuses et espagnoles du duc de Mercœur.

Lorsque la paix entre la France et l’Espagne est conclue à Vervins en 1598, Champlain accompagne un de ses oncles maternels chargé de rapatrier la garnison espagnole de la citadelle bretonne de Blavet. En Andalousie, il est contraint de rejoindre un des équipages de la flotte des Indes occidentales qui part pour l’Amérique ibérique. En 1599 et 1600, il voyage dans la mer des Caraïbes et le golfe du Mexique, et rapporte de son périple une relation manuscrite, richement illustrée de cartes et de dessins d’animaux, de plantes et de villes, qu’il présente à Henri IV.

Devenu un des géographes de la Cour, il est chargé par le roi de visiter la vallée du Saint-Laurent en 1603. De son « fidèle rapport », il tire son Des Sauvages, son premier livre imprimé, qui est paru à la fin de 1603. De 1604 à 1607, il explore l’Acadie et participe activement aux débuts de cette colonie, mais, en 1608, il est chargé de la fondation de Québec et veille dès lors sur la colonisation de la vallée du Saint-Laurent. Sous le titre de Voyages, il publie un recueil commenté de ses cartes qui porte le millésime 1613 mais qui ne sera mis en vente qu’en 1614.

Un artisan des alliances franco-indiennes

Les établissements coloniaux en Nouvelle-France étant financés par un monopole de la traite des fourrures attribué par le roi à un lieutenant général et géré par une compagnie commerciale, de bonnes relations avec les autochtones chasseurs sont indispensables. Champlain, qui agit sous l’autorité des lieutenants généraux successifs, s’efforce de multiplier les alliances franco-indiennes.

En Acadie, il profite de ses explorations pour rencontrer des Etchemins de l’Ouest et des Almouchiquois. Comme ces derniers sont des agriculteurs et qu’ils ont peu de forêts où chasser les animaux à fourrure, les échanges sont peu fructueux et se terminent parfois par des meurtres de Français, comme le 15 octobre 1606 à Port-Fortuné.

Dans la vallée du Saint-Laurent, même s’il espère une paix générale avec toutes les nations autochtones, il se retrouve entraîné dans les guerres qu’elles se livrent entre elles. En 1609, sur la pointe de Ticonderoga, il joue un rôle déterminant dans une victoire contre les Agniers, la nation la plus orientale de la confédération iroquoise. Il en remporte une autre l’année suivante près du confluent de la rivière Richelieu et du Saint-Laurent, mais en 1615, il ne parvient pas à s’emparer d’un village des Onontagués, des Iroquois occidentaux, au sud du lac Ontario.

Ces combats lui permettent de sceller des alliances durables avec les Montagnais, les Algonquins et les Hurons. Après avoir été blessé lors du siège du village onontagué, Champlain est contraint de passer l’hiver 1615-1616 en Huronie. A cette occasion, il est vivement impressionné par les habitants, des agriculteurs sédentaires qui lui paraissent particulièrement aptes à devenir chrétiens, comme il le montre dans le texte et les illustrations de ses nouveaux Voyages publiés en 1619.

Le promoteur d’une Nouvelle-France chrétienne et métissée

Dévot, Champlain se préoccupe du salut des autochtones. Sous l’influence des missionnaires récollets qu’il fait venir à Québec à partir de 1615, il élabore le projet d’une Nouvelle-France où les indigènes seront christianisés et francisés en vivant aux côtés de Français catholiques et agriculteurs. Alors, annoncera-t-il à des chefs indiens en 1633, « nos garçons se marieront à vos filles, et nous ne serons plus qu’un peuple ».

Il lui faut cependant contrer les compagnies commerciales qui se succèdent et qui rechignent à envoyer davantage de colons et de missionnaires, soucieuses qu’elles sont de rentabiliser le plus vite possible leur monopole de la traite des fourrures. Une conséquence de la dépendance alimentaire de Québec est sa prise par les Anglais Kirke en 1629. Champlain est disgracié, mais parvient à se disculper grâce à ses derniers Voyages parus en 1632.

Sa santé étant ébranlée par ces épreuves, il meurt à Québec le 25 décembre 1635. L’emplacement de son tombeau reste inconnu, mais on continue à le chercher, tant Champlain demeure une figure identitaire pour les francophones d’Amérique du Nord.

 

Publié en mai 2021