Entre 1551 et 1875, 1 381 404 Africains furent embarqués sur des navires de traite sous pavillon français et transportés de force au Nouveau Monde d’après la Slave Voyages Database. Avec ces 4118 traversées, la France se rendit responsable de 11% de la traite transatlantique des esclaves qui affecta plus de 12,5 millions d’hommes et de femmes entre le début du XVIe siècle et la fin du XIXe siècle. Deux-tiers des esclaves de la traite française étaient des personnes de sexe masculin, hommes et garçons et peut-être 27% des enfants. Environ 13% succombèrent pendant le « passage du milieu ».

Les premières expéditions de traite françaises datent de la seconde moitié du XVIe siècle lorsque des marchands français cherchèrent à tirer profit, à titre privé, de la colonisation des Amériques par les Ibériques. Dès les années 1630, Louis XIII commença à délivrer des lettres patentes à des compagnies normandes, bretonnes et parisiennes pour commercer en Afrique de l’Ouest, mais il n’autorisa formellement la traite des esclaves qu’en 1642. Afin d’approvisionner les îles caribéennes françaises, trois compagnies de commerce à monopole – la Compagnie des Indes Occidentales en 1664, la Compagnie du Sénégal en 1673 et la Compagnie de la Côte de Guinée en 1684 — furent ensuite créées sous le patronage direct de la monarchie. Mais, entre 1713 et 1721, les ports de Nantes, Rouen, La Rochelle, Bordeaux, Saint-Malo, Honfleur, Le Havre et Marseille obtinrent, de manière échelonnée, le droit de pratiquer librement ce commerce contre le paiement d’une redevance à la compagnie en charge du monopole. Cette libéralisation, dans le cadre de l’Exclusif qui restreignait les échanges commerciaux au cadre impérial, permit l’essor de la traite au XVIIIe siècle. La contrebande était cependant très importante. Les colonies françaises reçurent ainsi une partie non négligeable de leurs esclaves des marchands portugais et hollandais, puis britanniques.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, presque tous les voyages de traite français commençaient en France métropolitaine. En revanche, à l’époque de la traite illégale au XIXe siècle, un nombre croissant de navires sous pavillon français partirent des Antilles et même du Brésil. Le premier port de traite français était Nantes avec 44% des expéditions, puis venaient Le Havre, La Rochelle, Bordeaux, Saint-Malo et Honfleur. Au XVIIIe siècle, l’investissement dans la traite française avait un rendement approximatif de 6%. Que la traite des esclaves et le commerce colonial qui lui était associé aient été globalement profitables et même préférables à d’autres investissements alternatifs dans le royaume transparaît dans les somptueuses demeures que les négociants nantais et autres se firent construire.

Au XVIIe siècle, la plupart des esclaves africains était achetée en Sénégambie, où les Français avaient établi des postes de traite à Saint-Louis du Sénégal et dans l’île de Gorée, ainsi que dans le golfe du Bénin. Dans le premier quart du XVIIIe siècle, les capitaines français commencèrent à s’approvisionner également en Afrique centrale occidentale, mais ce n’est que dans la seconde moitié du XVIIIe siècle que la côte de Loango devint la première région d’embarquement pour les navires de traite français. Au XIXe siècle, elle fut supplantée par le golfe du Biafra et la Sierra Leone.

La reconstitution en trois dimensions sur le site de la Slave Voyages Database de L’Aurore, qui accomplit un voyage de traite entre La Rochelle et Saint-Domingue en 1784, montre l’entassement insupportable, les conditions sanitaires désastreuses et l’usage constant de la terreur et de la violence afin de prévenir les révoltes qui étaient fréquentes. Transportant environ 600 esclaves, alors qu’en moyenne les cargaisons d’esclaves s’élevaient à 320, le navire mit deux mois à arriver à destination.

Neuf sur dix des voyages de traite avaient comme destination les Antilles et la Guyane, soit le cœur esclavagiste de l’empire français. Dans les îles, Saint-Domingue prit la première place dès 1715. La colonie, qui devint au cours du XVIIIe siècle le premier producteur mondial de sucre et de café, concentra trois-quarts des expéditions et 80% des esclaves vendus. En 1790, année du maximum de la traite française, 40 000 esclaves furent débarqués à Saint-Domingue, dont 19 000 dans le seul port de Cap Français. Par contraste, la traite transatlantique vers la Louisiane ne dura que de 1719 à 1731 et n’amena qu’environ 6 000 esclaves.

Suite à la révolte servile qui démarra dans la plaine du Nord de Saint-Domingue en août 1791, la traite internationale des esclaves et l’esclavage furent abolis par la Convention le 4 février 1794 avant d’être rétablis par le Premier Consul le 20 mai 1802. Le principe de l’abolition définitive de la traite fut imposé par les vainqueurs britanniques au Congrès de Vienne en 1814, mais l’État français, soumis aux pressions des armateurs, des négociants et des colons, mit dix-sept ans à prendre les mesures nécessaires pour la rendre effective. La traite transatlantique française persista illégalement jusqu’au milieu du XIXe siècle.

 

Publié en mai 2021