Ces sources peuvent être rattachées à quatre genres principaux : les récits de voyage ; les descriptions de mœurs, spécialité des missionnaires (pensons aux relations des jésuites) ; les histoires ; et les lettres et rapports de la correspondance officielle entre la Nouvelle-France et Versailles, qui rendent compte par exemple des conférences franco-amérindiennes tenues à Montréal ou à La Mobile et contiennent des transcriptions de discours de chefs. Certains textes, à vrai dire, sont susceptibles de combiner plusieurs genres. D’autres supports existent qui témoignent de la volonté de connaître les Amérindiens, en particulier les cartes et les dictionnaires en langues autochtones. 
 
Les auteurs sont souvent mus par la curiosité. Le thème du « bon sauvage », qui nourrit la réflexion des Lumières au XVIIIe siècle, sert ainsi d'outil rhétorique pour souligner les tares de la civilisation occidentale. Il apparaît dans des écrits de missionnaires (Sagard par exemple, en 1632) et, avec le plus d'éclat, chez l’aventurier Lahontan, auteur notamment des Dialogues avec un Sauvage (1702). Le but est aussi de connaître les Amérindiens pour s'adapter à eux et être en mesure de les incorporer au sein de l’empire colonial. Il s’agit de les « civiliser », de les convertir à la « vraie foi » et, a minima, d’en faire de fidèles alliés. Les Français ont besoin des autochtones pour explorer le territoire, apprendre à se déplacer, se nourrir parfois, collecter des pelleteries et combattre les Britanniques. Gagner leur confiance implique de savoir se comporter selon leurs normes : communiquer, sceller une alliance, régler un problème de meurtre, recruter des guerriers, s'assurer de la loyauté d'un chef, participer aux conseils et aux rituels du groupe, tout cela nécessite des savoirs pratiques. Des jésuites et des récollets, mais aussi des commerçants et des officiers militaires, se rendent au-devant des autochtones pour vivre parmi eux : ils apprennent leurs langues, s'initient à leurs mœurs, et amassent un matériau ethnographique considérable. Les missionnaires, en plus de servir parfois d'interprètes, ont mis au point des dictionnaires et des recueils de prière dans la langue des autochtones pour accéder à leur univers spirituel et mieux les convertir. Prêtre jésuite originaire de l’Ardèche, Louis Nicolas, par exemple, passe onze années au Canada (1664-1675). Il se rend notamment à Chagouamigon, à l’extrémité occidentale du lac Supérieur, parmi des peuples locuteurs de langues algonquiennes. Sa Grammaire algonquine ou des sauvages de l'Amérique septentrionale rédigée entre 1672 et 1674, témoigne de son immersion linguistique
 
Cet esprit d'ouverture à l'autre, s'il a pour fondement un désir de soumission et d’acculturation, et s’il n’a pas empêché divers conflits, a certainement contribué au bon fonctionnement, sur la durée, des alliances franco-indiennes. Selon l'historien métis du XIXe siècle William Warren, les Français firent preuve vis-à-vis des autochtones des Grands Lacs d'un savoir-faire inégalé par les colonisateurs qui leur ont succédé, les Britanniques et les Américains. « Les Ojibwas ont appris à aimer le peuple français, parce que les Français, qui possèdent une grande facilité d'adaptation, se sont assimilés aisément aux mœurs et modes de vie de leurs frères rouges ».
La construction de l’empire colonial français en Amérique du Nord repose sur des connaissances linguistiques, ethnographiques, cartographiques et géopolitiques. Les agents du pouvoir apprennent à connaître le territoire grâce aux autochtones, mais ils s'efforcent également d'accumuler des informations sur les Indiens eux-mêmes, en s’initiant à leurs langues (de jeunes gens, appelés truchements, sont placés à cet effet dans des communautés) et en répertoriant les groupes. La rationalisation impériale impose de simplifier la marqueterie politique américaine sur la base d’une catégorisation en « nations » (au sens du XVIIe siècle de groupements de gens avec leurs traits particuliers, en termes d’origine et d’usages). Dans les années 1680, avec l’expansion française dans les Pays d’en haut (région des Grands Lacs), les noms de « nations », auxquelles on attribue parfois des caractéristiques singulières (certaines seraient plus dociles que d’autres, ou plus commerçantes, plus guerrières, etc.) se multiplient dans la correspondance : on en fait l’inventaire dans les bureaux de la Marine et on les localise sur des cartes. Les ethnonymes utilisés peuvent être des termes forgés de toutes pièces par les colonisateurs : les « Ouendats » par exemple, sont appelés « Hurons », probablement à cause de leur « hure » ; ils constituent aussi parfois des transcriptions phonétiques d'appellations autochtones : le terme « Sioux » dérive ainsi d'une appellation des Ojibwas, qui dénommaient leurs ennemis dakotas na-towe-ssiwak, « ceux qui parlent une autre langue », terme qui a été emprunté par les Français sous la forme Nadouessioux, ensuite abrégée en Sioux. Il importe également aux autorités coloniales de comptabiliser les autochtones, pour des raisons surtout militaires. On trouve dans les sources officielles des dizaines de recensements et dénombrements. Le dénombrement se fait le plus souvent par nombre de « guerriers » ou d' « hommes », ou sinon parfois par « cabanes » ou par « feux ». 

Deux des chefs-d'œuvre de l'ethnographie française sont le livre du jésuite Joseph-François Lafitau, Mœurs des sauvages américains comparées aux mœurs des premiers temps (1724), qui s’appesantit notamment sur les Iroquois, et celui du planteur et naturaliste Antoine-Simon Le Page du Pratz, Histoire de la Louisiane (1758), qui met à l’honneur les Natchez. Mentionnons aussi les Mémoires historiques sur la Louisiane (1753), recomposés à partir d'un manuscrit écrit par l’officier Jean-François-Benjamin Dumont de Montigny (1747). L’ouvrage gomme tout le piquant et la crudité du récit original, mais reste un excellent « reportage » ethnographique sur les Indiens de la Louisiane, en particulier sur les Natchez, que connut bien Dumont. De nombreux autres ouvrages sont aussi d'une grande richesse pour la connaissance des Indiens : ainsi ceux de l'avocat et poète Marc Lescarbot, du frère récollet Gabriel Sagard qui vécut parmi les Hurons en 1623-1624 et publia en 1632 son Grand voyage du pays des Hurons, des jésuites Paul Le Jeune, Paul du Ru et Pierre-François-Xavier de Charlevoix, des coureurs de bois Nicolas Perrot et Pierre-Charles Le Sueur, du charpentier André Joseph Pénicaut, de l'intendant Antoine-Denis Raudot, ou encore d'officiers comme Pierre Deliette, Pierre Pouchot et Jean-Bernard Bossu.

 

Publié en mai 2021.