A la fois île et ville, Montréal est un lieu incontournable pour les autochtones et les colons d’origine européenne grâce à deux traits géographiques essentiels : le fleuve Saint-Laurent et ses affluents, voies de communication essentielles vers l’intérieur du continent et les rapides de Lachine imposant une rupture de charge aux voyageurs.

Un lieu de rencontre

Au moment du premier contact entre autochtones et européens, lors de la visite de Jacques Cartier en 1535, l’île est occupée par les Hochelaguiens, un sous-groupe de ce que les anthropologues nommeront plus tard les Iroquoiens de la vallée du Saint-Laurent. Les Hochelaguiens y pratiquent un mode de vie basé sur l’agriculture mais aussi sur la chasse et la pêche. Ils sont regroupés, selon Cartier, dans un village dont l’emplacement fait toujours débat et qui a été représenté de façon fantaisiste par Giovanni Battista dans un livre publié au milieu du XVIe siècle (plan dit de Ramusio, l’auteur du livre).

Le destin des Hochelaguiens et plus largement des Iroquiens est nébuleux : au début du XVIIe siècle, ils sont disparus, Quand et comment ? On ne le sait pas. Anthropologues et historiens en sont encore à formuler des hypothèses à ce sujet : dispersion et intégration à d’autres groupes autochtones suite à des guerres ou à l’hécatombe qu’a causée en Amérique l’arrivée des européens ? Combinaison de ces deux facteurs ? La question n’est pas encore tranchée et on doute qu’elle ne le soit jamais.

Une utopie spirituelle

Dès lors, le territoire est pour ainsi dire vierge. Un groupe de dévots français, regroupés dans la société Notre-Dame décident de profiter de l’emplacement stratégique de l’île pour y créer ce qu’on peut maintenant qualifier d’utopie, soit ériger une ville fortifiée où colons français et autochtones convertis au catholicisme vivraient comme au temps de premiers Chrétiens. La propriété de l’île est obtenue en 1640 et les premiers colons y arrivent en 1642. Ils nomment Ville-Marie la ville qu’ils y fondent.

Le projet fait cependant long feu et, en 1663, la seigneurie de Montréal est donnée au Séminaire de Saint-Sulpice de Paris dont quatre membres sont présents sur l’île depuis 1657. Devenus seigneurs de la ville et de campagne, tout autant que titulaires de la cure locale, les Sulpiciens joueront un rôle important dans l’histoire de la ville. Ainsi, c’est leur premier supérieur, Dollier de Casson, qui dessina les plans de la première église dont la construction débute en 1673. Un plan de 1685 montre l’église au centre de la ville. C’est ce même Dollier qui rédige alors un manuscrit intitulé Histoire du Montréal relatant, année par année, les événements montréalais depuis 1640. Le manuscrit ne sera publié qu’au XIXe siècle.

Une ville commerciale et militaire

Au moment où tous ces changements interviennent, la ville perd son statut de ville missionnaire pour devenir un carrefour commercial. C’est à Montréal que se tient dès 1667 la grande foire de Montréal où s’échangent les fourrures apportées par les autochtones. En 1672, à l’apogée de la foire, on estime à 900 le nombre d’autochtones venus commercer sur le lieu de la foire, en bordure du Saint-Laurent. Les principaux marchands de fourrures s’installent dans la ville et, au XVIIIe siècle, certains s’y feront construite de spacieuses résidences. Mais bientôt l’appétit des fourrures est tel que cette foire ne suffit plus : dès avant la fin du XVIIe siècle Montréal devient le point de départ des convois de canots qui rejoignent les Pays d’en Haut, au sein d’une course dont l’expansion ne cessera qu’au Pacifique.

Bientôt une autre fonction de la ville se dessine : la fonction militaire. Après une trêve entre 1667 et 1680, les hostilités avec les Iroquois reprennent. Montréal est alors vue comme un lieu stratégique dans la défense de la colonie et la base de ravitaillement pour les postes militaires de l’Ouest. Elle est aussi vue comme une position de défense contre les soldats des colonies anglaises du sud.  Dès 1687, s’érige une palissade de pieux de cèdre percée de sept portes qui évolue en fonction de la croissance urbaine et des besoins militaires. Cette première palissade est finalement remplacée par des fortifications de pierres dont la construction débute en 1717. Plus tard, au XVIIIe siècle, des faubourgs se créeront hors de ces murs.

Une ville et sa population

Les nombreux plans de la ville datant du XVIIIe siècle montrent une ville dominée par deux grandes places publiques : la place d’Armes où est située l’église paroissiale et la place royale où se tient le marché. On constate aussi la présence de plusieurs édifices conventuels entourés de jardins, tout comme les sont nombre de maisons privées. Ces représentations presque idylliques cachent cependant la réalité au sol : une ville sale, sans égouts, où se côtoient humains et animaux et où le taux de mortalité infantile est le plus élevé de la colonie canadienne. Ceci sans compter les grands incendies dont la propagation est facilitée par les constructions en bois. Celui de 1734 détruira ainsi 46 maisons et jettera à la rue plusieurs centaines de personnes dans cette ville d’à peine 5 000 habitants.

Une population diversifiée

Cette population reflète les différentes fonctions de la ville. Elle compte donc plusieurs religieux et religieuses, des marchands mais aussi des nobles dont plusieurs sont officiers dans l’armée. En descendant dans l’ordre social, marqué par l’Ancien régime, on retrouve des artisans qui desservent tant les urbains que les ruraux, une domesticité importante, des journaliers mais aussi des esclaves majoritairement d’origine autochtone et, à l’occasion, d’origine africaine. Fait à retenir : l’omniprésence de la soldatesque qui représente en 1740 un militaire pour 6 à 7 personnes. Il faut aussi mentionner la présence de visiteurs autochtones, parfois venus des missions avoisinantes, certes proportionnellement moins nombreux au XVIIIe siècle qu’au XVIIe mais qui font néanmoins partie la foule qui arpente l’espace urbain délimité par sa fortification de 3500 mètres de tour. Du haut du Mont-Royal qui la domine, cette ville coloniale est encore au XVIIIe siècle un gros village.

C’est en son sein, dernier bastion de la résistance de la colonie canadienne contre les forces de la Grande-Bretagne que sera signée la capitulation militaire le 8 septembre 1760.

 

Publié en mai 2021