En effet, la région est devenue très tôt tout simplement la terre sainte pour les musulmans. Jérusalem a ainsi été appelée « la sainte » (al-Quds). Les croisades ont accentué le phénomène de sacralisation religieuse islamique et après la reconquête, les musulmans de la région ont reçu la mission spécifique de défense de la Terre sainte contre les ambitions des « Francs » (Européens chrétiens).

Au XIXe siècle, les Européens réintroduisent l’usage de l’expression Palestine dans le cadre des conflits autour des lieux saints chrétiens, causes de la guerre de Crimée. L’administration ottomane crée la circonscription administrative du Sandjak de Jérusalem qui dépend directement de la capitale de l’Empire. La ville sainte devient ainsi un chef-lieu administratif d’une région qui est, au début du XXe siècle, appelée communément Palestine en arabe et en turc ottoman. La création d’une identité régionale spécifique se fait sur le même modèle que les identités syrienne et libanaise. N’étant pas soutenu par un appareil d’État, ces identités ont des contours flous et sont posées à la fois comme complémentaires et éventuellement contraires avec une identité politique arabe en voie d’émergence.

Le développement du mouvement sioniste à la même époque est immédiatement perçu comme un danger par les habitants qui y voient l’annonce de l’expulsion de leurs terres et de leurs maisons. La déclaration Balfour du 2 novembre 1917 amplifie le phénomène en créant une distinction entre les Palestiniens et les autres Arabes. La clause du maintien de « leurs droits civils et religieux » est correctement interprétée comme les définissant comme des étrangers dans leur propre pays, d’où leur contestation du mandat britannique.

La « Palestine mandataire » comprend l’ancien Sandjak de Jérusalem mais aussi deux anciens districts ottomans qui faisaient partie auparavant de la province ottomane de Beyrouth. C’est dans ce nouveau cadre territorial que s’est construit le nationalisme palestinien.

L’identité politique adoptée est celle d’ « Arabes palestiniens » et non de « Syriens du Sud ».  C’est à la fois analogues aux usages des pays voisins (on parle d’ « Arabes syriens ») et spécifique au Mandat puisque l’on dit aussi « Juifs palestiniens ». Mais le mouvement sioniste refuse d’utiliser le mot « Palestine » dans ses textes en hébreu qui est remplacé par « terre d’Israël ». Il est donc impossible de faire émerger une identité palestinienne commune aux deux communautés.

De ce fait, les Britanniques se retrouvent devant l’impossibilité de concilier leurs obligations envers les Juifs et les Arabes palestiniens. Les violences émergent soit autour du conflit autour des lieux saints comme en 1929 soit autour de la colonisation des terres (1936-1940). La révolte palestinienne est durement écrasée par les Britanniques qui parallèlement limitent drastiquement l’émigration juive en 1939.

Ce conflit prend le caractère d’un jeu à somme nulle où les progrès des uns ne peuvent se faire qu’au détriment des autres. Chaque partie veut avoir l’État pour lui, s’engageant seulement à reconnaître des droits spécifiques à celle qui deviendrait minoritaire.

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, l’économie arabe palestinienne est particulièrement florissante et le rapport économique entre Juifs et Arabes s’équilibre sur une base 60/40 %. Il n’existe plus de possibilité d’extension du Foyer national juif, ce qui rend encore plus urgent pour les sionistes la constitution de l’État juif, seul moyen de pouvoir prendre le contrôle des terres au nom de projets de développement. La population arabe représente alors les deux tiers de la population totale, mais avec une part considérable d’enfants tandis que la population juive a une proportion beaucoup plus considérable de jeunes adultes.

Le plan de partage de la Palestine voté par l’Assemblée générale de l’ONU le 29 novembre 1947 se fait au détriment des Arabes palestiniens en dépit des garanties proposées par l’Organisation. Il est d’autant plus inapplicable que la confiance est impossible à établir entre les deux parties. La violence commence donc le 30 novembre 1947.

Les conditions de l’exode peuvent être discutées parce que l’on se trouve devant une multitude de situations selon les lieux et les temps. Mais dès le début, il y a eu une politique d’interdiction des retours décidée au plus haut niveau de l’État d’Israël dans le but de pérenniser les faits accomplis. C’est à partir de cette diaspora forcée qu’est né le mouvement national palestinien actuel.