La Banque impériale ottomane, établissement à capitaux anglais et français, est née d’une convention signée le 4 février 1863 avec le gouvernement ottoman. Elle fut immédiatement ratifiée par le Sultan Abdulaziz pour mettre un terme à la crise financière qui sévissait dans l’Empire. La Banque impériale ottomane qui reprit les agences et le personnel de l’Ottoman Bank fondé en 1856 entra en activité le 1er juin 1863.

A ses débuts, sa mission consistait à approvisionner les fonds du Trésor et à contribuer au désendettement public. Son rôle d’émission fut prolongé pour vingt ans le 17 février 1875 par une nouvelle convention qui, en lui attribuant la fonction de Trésorier Payeur Général,  lui permit d’asseoir son rôle de banque d’état.

L’histoire de la Banque impériale ottomane est très étroitement liée à l’histoire économique et financière de l’Empire ottoman. La dette publique, lourde, était devenue  insupportable et à la suite de ressources fiscales en diminution pour cause de mauvaises récoltes, le gouvernement ottoman fut contraint, en octobre 1875, de suspendre le paiement de la dette. La guerre russo-turque de 1877-1878 que la banque finança abondamment à ses risques et périls, aggrava encore la situation. La restructuration de la dette publique eut lieu en 1881 uniquement, avec la création d’une administration de la dette publique ottomane.

En 1886, le rétablissement du crédit puis le désengagement partiel de la Banque impériale ottomane du financement public lui permit d’accroître son activité commerciale, ce qui généra une croissance rapide du réseau de ses succursales dans l’Empire ottoman. Sous l’influence du capitalisme occidental, de nouveaux produits et services bancaires se développèrent comme les valeurs mobilières.  Après des débuts timides et instables, la Bourse de Galata finit par attirer des investisseurs. La banque ne tarda pas à mettre en place d’autres services comme le dépôt de titres. Des artisans, des familles et de hauts dignitaires achetèrent des obligations. La banque disposait alors d’un portefeuille de clientèle impressionnant. Les fiches de dépôts de titres datant de 1903 à 1918 et les titres conservés aux archives de la Banque en témoignent.

A l’image de la société ottomane, le personnel de la Banque est pluriethnique et constitué de classes sociales très variées, comme le montrent les archives de ses employés. Elles incluent des albums photos du personnel de la direction générale et des succursales. On y trouve ainsi des portraits en pied que la banque demandait à tous ses employés pour les surveiller.  Ces photos, par les vêtements et d’autres détails visuels, dépeignent un Empire à la croisée du monde occidental et oriental.

A la fin de la Première Guerre mondiale, la Banque impériale ottomane s’est mal adaptée à l’idéologie nationaliste. Pendant la guerre, la banque a réussi à se maintenir en se pliant aux exigences du gouvernement sans céder sur tout. Un compromis fut négocié en 1924 prévoyant le prolongement de sa concession et la possibilité de créer une banque centrale turque. La Banque impériale ottomane fut ainsi la seule institution à pouvoir conserver l’adjectif « ottoman » sauf celui d’ « impérial ». Avec la création de la Banque Centrale de la République de Turquie, la nouvelle convention de 1933 donna à la Banque ottomane un rôle purement commercial. Pendant de longues années, elle était la seule banque à capitaux étrangers fonctionnant en Turquie. Les archives conservées par SALT Research témoignent d’une institution aux fonctions multiples. Elles permettent aux chercheurs d’approfondir leurs recherches sur de nombreux aspects encore mal connus.

 

Légende de l'image : Beyrouth. Liban. La banque de Syrie. [Nouveau siège de la Banque Ottomane]. 1920