Né en 1820 dans un milieu de petits commerçants parisiens, Le Gray abandonne vite les études de droit souhaitées par ses parents pour se consacrer à la peinture. Dans l’atelier de Paul Delaroche, il rencontre deux autres futurs grands photographes, Charles Nègre et Henri Le Secq. Il séjourne en Italie de 1843 à 1847 et c’est à son retour à Paris avec sa famille, car il a épousé une italienne dans des conditions vaudevillesques, qu’il commence à pratiquer la photographie. Il ouvre un atelier au 110 rue de Richelieu puis en 1849, au 7 chemin de ronde de la barrière de Clichy aux portes de Paris. Dès cette époque il fréquente des peintres dont des orientalistes de renom comme Jean- Léon Gérôme et Eugène Fromentin.

Sa connaissance très poussée de la technique de la photographie sur papier et les progrès décisifs qu’il lui fait faire, lui permettent de profiter de l’engouement de la haute société pour ce qui apparaît comme un loisir fashionable. Il donne alors des cours de photographie à de nombreux amateurs fortunés. Parmi ceux-ci des pionniers de la photographies en Orient comme Maxime Du Camp avant son voyage en Egypte avec Gustave Flaubert, Auguste Salzmann et John Beasley Greene. Il participe à la Mission héliographique de 1851 conçue sous l’égide de Prosper Mérimée et il en rapporte un corpus d’œuvres exceptionnel. Il fréquente assidument la forêt de Fontainebleau dans les années 1849/1855 se rapprochant ainsi encore du monde des artistes.

Son action au sein de la Société héliographique (créée en 1851) puis de la Société française de photographie (qui lui succède en 1854) est très importante pour le développement de la photographie. Il dévoile ses découvertes techniques dans de nombreux articles et quatre manuels.

En 1855, porté par la vague de prospérité des débuts du Second Empire, il ouvre avec l’aide financière d’une famille d’aristocrates normands, un luxueux atelier au 35 boulevard des Capucines. C’est la période de ses plus grands succès commerciaux : marines qui déchainent l’enthousiasme dans toute l’Europe, commandes impériales (album du Camp de Châlons, portraits de l’impératrice, etc.). Il participe alors à de très nombreuses expositions en France et à l’étranger.

En 1860, à la suite d’une mauvaise gestion financière de son atelier, il est abandonné par ses commanditaires et fait faillite. Il quitte précipitamment la France en abandonnant sa famille pour suivre Alexandre Dumas dans une croisière méditerranéenne à bord du yacht l’Emma. Dumas s’enflamme pour la cause de Garibaldi et lui et ses amis s’arrêtent à Palerme où Le Gray se mue en reporter de guerre, envoyant ses photographies à Paris à la presse illustrée. Une brouille survient, suscitée par la jeune maîtresse de Dumas : Le Gray et deux autres sont littéralement débarqués à Malte le 13 juillet 1860. S’ensuit une errance à travers le Liban et la Syrie en proie aux massacres entre druses et maronites. Le Gray installe son atelier dans les ruines du temple de Jupiter à Baalbeck. En 1861, il finit par arriver à Alexandrie.

Ne pouvant revenir en France à cause de ses dettes et du procès avec ses commanditaires, il règle, mais très mal, ses affaires à distance et ne donne pas de nouvelles à sa famille. Il s’installe en Égypte où il reçoit des commandes d’Ismaïl Pacha, accompagnant par exemple ses fils dans un voyage sur les bords du Nil, photographie des voyageurs comme le comte de Chambord ou le prince de Galles puis finit par s’installer au Caire dans une belle vieille maison arabe comme le faisaient alors les artistes orientalistes. Il se lie avec l’architecte Ambroise Baudry, grande figure de la protection du Caire ancien contre les assauts de l’occidentalisation. Il obtient un poste de professeur de dessin à l’École polytechnique du Caire et continue à photographier et peindre.

En 1883 il essaie d’épouser une jeune grecque dont il vient d’avoir un fils, reproduisant, quarante ans après, ses mésaventures italiennes, mais sans preuve du décès de sa première femme, son mariage est annulé pour soupçon de bigamie.

Le Gray meurt au Caire en juillet 1884 à 64 ans sans que l’on sache de quoi et en quelles circonstances. Le contenu de sa maison et de son atelier sont dispersés quelques semaines plus tard dans l’indifférence générale.

Seul Nadar avec qui il a toujours entretenu des relations ambigües, amitié et rivalité, le mentionne dans ses mémoires parues en 1900, Quand j’étais photographe. Il faut ensuite attendre les années 1980 pour que soit comprise l’ampleur et l’importance de son œuvre et brisé le silence qui s’était abattu sur lui et sa mémoire après sa déconfiture et sa fuite.

L’œuvre qu’il réalise en Égypte est beaucoup plus mal connue et moins diffusée que son œuvre française. Son inventaire après décès fait état de deux cent vingt-deux négatifs ce qui est peu pour plus de vingt ans de présence en Égypte. Pourtant le nombre d’images connues est bien inférieur. La BnF en possède quelques-unes.

Légende de l'image : Autoportrait de Gustave Le Gray