L’alphabet arabe apparaît pour la première fois dans un livre imprimé selon la technique de Gutenberg dans la Peregrinato in Terram Sanctam, un ouvrage réalisé à Mayence en 1486 qui raconte le pèlerinage de Bernhard von Breydenbach à Jérusalem. En France, une planche originale avec alphabet arabe apparaît dans le Champfleury, traité de typographie de Geoffroy Troy (Paris, 1529). Dans les deux cas, il s’agit de gravures sur bois et non de caractères d’imprimerie en plomb.

Les premiers livres imprimés en langue et caractères arabes furent réalisés en Italie : à Fano tout d’abord où, en 1514, paraît un livre d’heures ; puis à Gênes où, deux ans plus tard, est imprimé un psautier en cinq langues ; enfin à Venise avec l’impression d’un Coran en 1537.

À des fins de propagande, la papauté entreprit de faire éditer des livres en arabe. En 1584, la Typographia Medicea fut fondée à Rome par le cardinal Ferdinand de Médicis. Dirigée par un orientaliste de grande culture, Giovanni Battista Raimondi (1536-1614), cette imprimerie avait diverses finalités. L’une d’elles consistait à réaliser de la propagande destinée à attirer les chrétiens d’Orient vers le catholicisme romain. Une autre était de servir à la connaissance de l’Orient chez les Européens et de fournir de bonnes éditions de versions arabes de textes classiques non religieux. Ces derniers comprenaient les écrits d’Avicenne, le compendium géographique d’al-Idrisi, l’adaptation par Nasir al-Din al-Tusi du texte d’Euclide sur la géométrie et divers ouvrages de grammaire et de syntaxe arabes. À une époque où l’imprimerie n’existait pas au Moyen-Orient, on vit dans les éditions des Médicis des articles commercialisables susceptibles par ailleurs de rapprocher leurs lecteurs de Rome. Après la mort de Raimondi en 1614, cette imprimerie fut dirigée par les Maronites de Rome jusqu’en 1636.

D’autres imprimeries orientales se développèrent un peu partout en Europe : à Leyde en 1617, l’orientaliste Thomas van Erpe fait imprimer trente huit livres en arabe. À Paris, en 1614, Savary de Brèves fonda une « imprimerie des langues orientales » au collège des Lombards. Cette Typographia savariana, imprima les Articles du traicté faict en l’année 1604 entre Henri le Grand, roy de France & de Navarre, et sultan Amat, empereur des Turcs, 1615) – ouvrage bilingue, considéré comme le premier livre en turc imprimé en Europe–, une Doctrina christiana (1613) et un Psautier arabe (1614), mais fut fermée après la disgrâce de l’homme politique en 1618. Les poinçons restèrent inutilisés jusqu’en 1632, date à laquelle Antoine Vitré, imprimeur du roi, les acheta. À l’exception d’une Bible polyglotte, on ne se servit pratiquement plus de caractères orientaux en France après 1645. Devenus objets de musée, les poinçons de Savary de Brèves furent conservés à l’Imprimerie royale où on en oublia jusqu’à leur existence. Il fallut attendre la fin du XVIIIe siècle et le renouveau des études orientales pour que l’on recherche et retrouve les caractères du XVIIe siècle. Ils servirent aux impressions savantes auxquelles on les destinait. La Révolution et l’Empire vont avoir recours à cette typographie pour tenter de diffuser leurs nouveaux idéaux, puis leurs visées politiques (H). Mais ce sera surtout le développement des études orientales en France, que symbolise la création d’une Société asiatique, qui permettra non seulement le maintien de la typographie retrouvée du XVIIe siècle, mais encore son enrichissement par de nombreux caractères pendant tout le XIXe siècle.

Pour des raisons techniques, religieuses, politiques, économiques et culturelles, l’imprimerie à caractères mobiles s’implanta très tardivement dans le monde arabo-musulman. Ceci étant, il semble que l’interdiction de l’imprimerie ne fut que formelle et ne paraît pas avoir été entérinée par un acte officiel. Une ordonnance de 1588 autorise même le commence et la diffusion dans l’Empire ottoman d’ouvrages imprimés en Europe avec l’alphabet arabe, notamment en Italie, mais en interdisait toutefois l’importation d’ouvrages religieux.

Dès 1504, les juifs réfugiés dans l’Empire ottoman furent autorisés à introduire des presses en caractères hébraïques à Istanbul, Thessalonique et dans d’autres villes. Ils furent suivis par les Arméniens en 1567, puis les Grecs en 1627. Une première imprimerie arabe semble avoir vu le jour à Alep en 1706, puis dans plusieurs monastères du Liban. Entre-temps, une imprimerie turque, en caractères arabes, était introduite à Istanbul en 1728. Sous la conduite de son fondateur, Ibrahim Müteferrika (1674-1745), elle publia entre 1729 et 1742, dix sept ouvrages, traitant pour la plupart d’histoire, de géographie et des langues. Après une longue période de fermeture, elle fonctionna à nouveau à partir de 1784, publiant essentiellement des ouvrages militaires et navals traduits du français.

Dans les premières décennies du XIXe siècle, la Turquie et l’Égypte donnèrent une place prépondérante à l’imprimerie, mais celle-ci mettra du temps à se développer. Entre 1729 et 1839, seulement 439 titres parurent à Istanbul ; de leur côté, les presses de Bûlâq au Caire publièrent seulement 243 titres entre 1822 et 1842, en grande majorité des traductions. Le mouvement était cependant lancé et, notamment grâce au passage à la lithographie qui permet une reproduction fidèle du texte et des formes de la calligraphie arabe, les imprimeries, qu’elles soient d’État ou privées, ne cessèrent de se répandre dans tout le Moyen-Orient. Dans le même temps, les journaux connurent un développement spectaculaire (voir entrée Presse).

La Bibliothèque nationale de France a organisé en 2002 une exposition sur l'art du livre arabe, dont la version virtuelle est toujours accessible. On y trouvera notamment un chapitre sur l'imprimerie en caractères arabes, parmis d'autres rubriques richement illustrées sur les matières, écritures, décors, illustrations et reliures pratiquées.
 

Légende de l'image : Notice sur les divers genres d'écriture ancienne et moderne des arabes, des persans et des turcs par A.-P. Pihan. 1856