L’archéologie française en Syrie s’est développée à partir du milieu du XIXe siècle, succédant en quelque sorte à une période où l’on vit des voyageurs dessinateurs relevant les vestiges du passé. Le plus célèbre de ces dessinateurs Français, dont les relevés sont toujours très utiles, même s’ils reflètent largement des interprétations personnelles, fut Louis-François Cassas (1756-1827).  Et même sous l’empire ottoman, soit jusqu’à la première guerre mondiale, les recherches poursuivies relevaient plutôt de « voyages scientifiques ». Dans ce cadre, on peut citer l’œuvre d’Ernest Renan (1823-1892) qui fut chargé par Napoléon III, en octobre 1860, d’effectuer des recherches archéologiques et épigraphiques en Palestine et en Syrie, recherches qui furent publiées sous le titre de Mission de Phénicie (Paris, 1874) ; quatre régions furent étudiées : la région d’Arwad-Arados et Amrit-Marathos (Syrie actuelle), et celles de Byblos, de Sidon et de Tyr (Liban actuel). C’est cette même veine qu’illustre l’activité d’un diplomate, le marquis Charles-Jean Melchior de Vogüe (1829-1916) , qui, au cours de ses voyages dans la région, mit particulièrement l’accent sur l’étude des langues sémitiques, et sur la Syrie centrale, architecture civile et religieuse du Ier au VIIe siècle (Paris, 1865-1877). Ce dernier ouvrage sert toujours de base, grâce aussi aux planches réalisées par l’architecte dessinateur, E. Duthois, à tous les travaux ultérieurs centrés sur le Massif Calcaire au nord et sur la région basaltique du Hauran, au sud de la Syrie.

Mais c’est surtout pendant la période du Mandat français (1920-1946) que furent lancées les grandes missions archéologiques au Levant (Syrie-Liban) et que fut organisé le service des fouilles. René Dussaud (1868-1958) en fut la cheville ouvrière et le grand organisateur. Il dota l’archéologie française de deux instruments fondamentaux, la revue Syria, voie officielle du service des Antiquités pour la diffusion des travaux français, et la Bibliothèque Historique et Archéologique (BAH), destinée à accueillir les études et synthèses archéologiques. Ses deux grandes œuvres personnelles sont l’une issue de ses voyages et prospections Topographie historique de la Syrie antique et médiévale (Paris, 1927), et l’autre une réflexion approfondie sur le mouvement des Arabes, repris ultérieurement dans La pénétration des Arabes en Syrie avant l’Islam (Paris, 1955). Les missions archéologiques sont pendant vingt ans sous son autorité supérieure : il soutient la reprise des travaux au Liban, à Sidon et à Byblos, et lance en Syrie, les fouilles de Ras Shamra-Ugarit sous la direction de Claude Schaeffer, et de Tell Hariri-Mari sous la direction d’André Parrot.

Le rôle de R. Dussaud est considérable par ses études, ses travaux et son expérience de terrain, mais aussi par le choix des hommes qui seront en charge de l’application des réformes. C’est ainsi qu’il confia à Henri Seyrig, en 1929, la réorganisation du Service des Antiquités, et en 1938, la direction de l’Institut Français de Damas.

Henri Seyrig (1895-1973) a profondément marqué la recherche archéologique pendant une cinquantaine d’années et fut à l’origine de son développement qui se poursuivit jusqu’au XXIe siècle, bien après sa disparition. Nommé en 1929 directeur du service des Antiquités (jusqu’en 1941), puis, de 1946 à 1967, directeur du nouvel Institut Français d’Archéologie de Beyrouth, il passa près de quarante ans en Orient. Outre son soutien aux missions archéologiques françaises, il favorisa l’implantation de missions étrangères : à Antioche, la mission de l’Université de Princeton, à Doura-Europos, celle de l’Université de Yale, à Apamée, la mission belge des Musées d’Art et d’histoire de Bruxelles, à Tell Halaf, une mission allemande, et à Hama, la mission danoise de la Fondation Ny Carlsberg.

Son activité personnelle se concentra sur la réhabilitation de trois sites principaux : le Krak des Chevaliers, Baalbek (au Liban), et Palmyre. Dans ce dernier site, il fit évacuer la ville arabe installée dans le sanctuaire de Bêl pour la reconstruire en bordure de l’oasis (le « nouveau village »). Il poursuivit une intense activité de chercheur dont l’essentiel des articles fut publié dans la revue Syria, repris ultérieurement dans les sept volumes des Antiquités syriennes (plus d’une centaine d’articles dont certains toujours fondamentaux), série à laquelle il faut ajouter les Scripta varia (1985). A Palmyre, il fit procéder au dégagement du sanctuaire de Bêl et à la fouille du temple (avec l’architecte Robert Amy), à l’exploration de l’agora et de la grande maison à l’arrière du sanctuaire de Bêl (avec l’architecte Raymond Duru), à la fouille du tombeau de Yarhai dans la nécropole ouest et à son remontage au musée de Damas (avec l’architecte R. Amy). Ses publications concernaient des domaines divers dont un important lot consacré à la numismatique publié dans ses Scripta Numismatica (1986). Il sut s’entourer d’inspecteurs efficaces, comme Maurice Dunand (1898-1987) et Daniel Schlumberger (1904-1972).

M. Dunand travailla avec François Thureau-Dangin à Arslan Tash en 1928, où furent découverts d’importants ivoires assyriens, et à Tell Ahmar, de 1929 à 1931. Mais son activité principale fut la fouille de Byblos, pour laquelle il bénéficia de l’assistance de l’architecte-archéologue Jean Lauffray.

D. Schlumberger succéda à H. Seyrig lorsque ce dernier fut mis à la retraite. Le nom de Claude Schaeffer (1898-1982) est indissociable de la fouille et de l’étude du site de Ras Shamra-Ugarit dont il commença l’exploration en 1929. Les travaux furent interrompus par la deuxième guerre mondiale et reprirent en 1948 sous sa direction jusqu’en 1969.

L’autre grande mission française, qui opéra sur le long terme, est celle de Tell Hariri-Mari, dirigées par André Parrot (1901-1980) de 1933 à 1974, avec une interruption pendant la deuxième guerre mondiale.

Pour l’archéologie de la période musulmane, nous devons évoquer le nom de Jean Sauvaget (1901-1950) qui a centré ses principales recherches sur les villes de Damas, Alep et Lattaquié, sur leur évolution urbanistique et topographique, sur les différents monuments, et sur les inscriptions arabes.

Avec l’indépendance de la Syrie, en 1946, ce fut le rôle de la DGAM de reprendre la recherche archéologique dont les bases avaient été établies sous le Mandat français.

Légende de l'image : Collection de Clercq. 1903