Théodule Devéria est le fils du grand dessinateur, illustrateur et lithographe Achille Devéria (1800-1857) et le neveu du peintre romantique Eugène Devéria (1805-1865). Sa mère Céleste Motte est la fille de l’imprimeur lithographe parisien Charles Motte. Théodule Devéria grandit ainsi dans un milieu artistique foisonnant où Dumas et Hugo croisent Delacroix, Liszt et Musset. C’est en écoutant les récits de l’égyptologue Prisse d’Avennes lorsque ce dernier posait en costume oriental pour son père en 1843 que serait née précocement sa vocation. Vocation confirmée par la visite des riches collections du musée de Leyde en 1846. Il reçoit les encouragements du graveur Jules Feuquières, ami d’Auguste Mariette et collaborateur avec son grand-père de l’édition de la Grammaire égyptienne de Champollion. Les égyptologues Charles Lenormant et Emmanuel de Rougé le soutiennent également. Il suit au collège de France et à l’École des Langues orientales les cours des plus grands comme l’orientaliste Etienne Marc Quatremère avant d’entrer en 1851 comme employé au cabinet des Estampes de la Bibliothèque impériale (actuel département des Estampes et de la Photographie de la BnF) où son père a la charge de la collection de gravures depuis 1849.

En 1855 il est nommé épigraphiste au département des Antiquités égyptiennes du musée du Louvre. Il a alors pour mission de classer et inventorier l’énorme quantité d’objets issus des fouilles du Sérapéum de Memphis découvert en 1850 par Auguste Mariette qui mène alors les fouilles françaises en Egypte. Cette même année il participe à la publication chez Firmin Didot de l’album du jeune photographe et égyptologue américain John B. Greene (1832-1856), Fouilles exécutées à Thèbes dans l’année 1855 : textes hiéroglyphiques et documents inédits en lithographiant deux planches du volume. En 1856, il commence sa collaboration avec Mariette pour l’illustration de l’ouvrage, Choix de monuments et de dessins découverts ou exécutés pendant le déblaiement du Sérapéum de Memphis. Enfin il accompagne Mariette en Égypte pour un voyage de Memphis à Karnak afin de photographier les fouilles du Sérapéum et du temple d’Amon. Parti le 10 décembre 1858, il y reste jusqu’en avril 1859 consacrant son temps à suivre Mariette sur différents chantiers de fouilles. En janvier 1862, il retourne en Égypte auprès de Mariette qui continue alors à fouiller le Sérapéum et il y effectue enfin un troisième séjour en 1865 en compagnie cette fois d’Henri Péreire, M. Surell et Arthur Rhoné. Pendant cette excursion d’agrément où il utilise le négatif sur verre au collodion alors que précédemment il recourait au négatif sur papier ciré, il prend plus de portraits et de souvenirs. Le négatif sur verre qui permet une prise de vue plus rapide favorise ce type de sujets.

Les débuts de sa pratique photographique et sans doute son initiation par son père lui-même remontent à 1854. On connaît de lui de très nombreuses reproductions de gravures et de dessins anciens mais surtout une abondante production liée à ses travaux auprès de Mariette – objets, inscriptions, chantiers de fouilles en Égypte – même s’il a également réalisé quelques vues en France (en particulier à Courseulles dans le Calvados). Il se lie d’amitié avec le peintre et photographe Paul Berthier (1822-1912) avec qui il collabore à la publication sur le Sérapéum de Memphis. C’est Paul Berthier qui est l’auteur de la plupart des photographies d’objets issus des fouilles de Mariette et dévolus au musée du Louvre. Les photographies de Devéria conservées à la BnF proviennent précisément d’un fonds Berthier donné par le photographe Paul Sauvanaud (1847-1934) en 1921. L’ensemble de ses papiers, de sa documentation, de ses négatifs ont été vendus au Louvre par sa veuve après sa mort grâce à la recommandation d’Emmanuel de Rougé. L’ensemble est actuellement en dépôt au musée d’Orsay. La pratique de la photographie chez Devéria est intimement liée à la documentation des chantiers de fouilles et le cadrage de ses prises de vue doit être compris en ce sens. Il conçoit également ses tirages comme un matériel pour ses futures publications. Sa profonde connaissance des différentes techniques d’illustration : dessin, gravure, lithographie et photographie ainsi que sa sensibilité artistique également héritée de son père en ont fait un collaborateur exceptionnel au grand projet de publication de Mariette.Sa mort en 1871 ne lui permettra pas de voir la fin d’une entreprise qui lui devait tant.

Une partie de son œuvre, comparable à celles d’Auguste Salzmann (1824-1872) et de Greene, a, à nos yeux, une beauté propre qui dépasse son but premier.

Légende de l'image : Karnak. Mur avec reliefs et hiéroglyphes : photographie négative. 1859