Le Proche et le Moyen Orient sont le berceau de deux des trois grandes religions mondiales actuelles dites monothéistes, le judaïsme et le christianisme. Le judaïsme plonge ses racines au plus lointain de la haute antiquité, tandis que le christianisme surgit comme avatar  insolite des débats qui agitaient le judaïsme dans la province romaine de Judée, au début de notre ère. Il va s'étendre d'abord en direction de l'ouest, dans l'espace romain de la Méditerranée. Son expansion vers l'est, en direction de l'Iran, de l'Asie centrale et même au-delà, résulte en partie des schismes de l'époque byzantine qui pousse les chrétiens nestoriens vers les terres de l'empire perse des Sassanides où ils vont vivre une histoire contrastée. Quant à l'islam, bien que né dans une zone excentrée de l'Arabie occidentale au début du septième siècle, il vient rapidement se joindre à  ces deux religions déjà bien établies, à la suite de l'expansion des tribus hors des limites de la péninsule arabique et de leur installation sur la terre d'origine du judaïsme et du christianisme.

Nul n'ignore que le Coran se réclame d'une continuité avec les grandes figures de l'Ancien Testament ainsi qu'avec une représentation de la figure de Jésus. Mais ensuite c'est autant en confrontation qu'en interaction avec les religions qui l'ont précédé que l'islam va évoluer. Il construit une théologie, un juridisme et une mystique qui vont constituer la religion musulmane telle qu'elle est parvenue jusqu'à l'époque actuelle, à travers ses courants et ses  schismes, sunnites, chiites pour les deux courants principaux, Nusayrîs alaouites et Druzes comme branches détachées du chiisme dans la zone proche orientale.

Les conquêtes arabes n'ayant pas été convertisseuses d'un point de vue religieux et reconnaissant en tant que telles les religions dites du Livre, le judaïsme et le christianisme ont pu continuer à se développer et à évoluer avec un minimum d'entraves à l'intérieur du monde musulman en dehors de quelques épisodes isolés de restriction ou de violence. Les conversions progressives à l'islam touchèrent peu les communautés juives dispersées dans l'ensemble des terres musulmanes. Les élites juives soutinrent pendant plusieurs siècles des échanges fructueux avec les penseurs musulmans qui leur étaient contemporains. Quant aux chrétiens qui constituaient la majorité des populations du Proche-Orient et de l'Égypte, ils se rallièrent lentement à l'islam, non sans laisser subsister la présence minoritaire mais très active de communautés chrétiennes de diverses obédiences. Ces communautés qui  adoptent l'arabe à partir du Xe siècle, y compris en partie dans leur liturgie, ne suivirent que de loin l'évolution générale du christianisme telle qu'elle se déroulait en dehors des terres musulmanes. Ce n'est qu'à partir du XVIe siècle qu'elles furent plus directement associées aux luttes confessionnelles européennes, et se divisèrent en catholiques "unies" à Rome et en "orthodoxes".  C'est dans ce contexte que les maronites, issus d'une dissidence théologique du VIIe siècle, ralliés à Rome à l'époque des croisades, affirmèrent leur perpétuelle orthodoxie catholique et leur immémoriale fidélité au pape. L'épisode violent des Croisades (1095-1291)  avec l'établissement sur le pourtour méditerranéen du Proche-Orient des États Latins eut surtout comme conséquence postérieure de renforcer dans le monde musulman le statut de Jérusalem comme troisième ville sainte de l'islam. Mais la basilique du Saint Sépulcre restait parallèlement un enjeu de pouvoir entre les obédiences chrétiennes orientales et occidentales  qui se disputaient le partage des lieux, obtenant successivement des décisions en leur faveur de la part des pouvoirs musulmans (Mamlouks puis Ottomans).

Le véritable tournant qui prélude à la période moderne est celui des rapports des royautés d'Europe avec le pouvoir ottoman à partir surtout du XVIe siècle à travers les Echelles du Levant. Les villes portuaires et les quelques cités de l'intérieur comme Damas, Alep ou Le Caire qui y étaient rattachées permirent au-delà de l'économie marchande qui en était l'objectif premier de renforcer les relations sur bien d'autres plans, à commencer par le domaine de la culture et celui de la religion. Les voyageurs occidentaux furent de grands pourvoyeurs de manuscrits en langue turque, arabe ou persane pour ceux que l'on appelle les orientalistes, autrement dit les savants qui s'intéressaient à l'étude des pays d'Orient et notamment à l'islam. Il ne fait pas de doute que cette présence facilita également l'innovation et l'importation de techniques nouvelles. Les Chrétiens d'Orient semblent en avoir bénéficié les premiers. C'est ainsi que les premiers livres imprimés en caractères arabes dans l'empire ottoman furent dès le XVIIe siècle des livres religieux destinés aux églises chrétiennes locales. Il fallut par contre attendre la fin du XVIIIe siècle sous le règne du sultan réformateur Sélim III pour que soit surmontée la résistance des ulémas et que soient imprimés des textes religieux musulmans.

Mais, à la fin du XVIIIe siècle, l'histoire prend assez brutalement un cours nouveau lorsque l'Égypte et la zone du Levant deviennent des terres d'enjeu pour les puissances européennes, notamment la France, la Russie et l'Angleterre, toutes trois engagées dans leur expansion impériale. L'empire ottoman tente de réagir en se réformant, introduisant les principes d'un gouvernement représentatif et constitutionnel, d'égalité devant la loi et de citoyenneté ottomane. Mais l'hostilité d'une partie de la population à ces réformes, l'action des Puissances "protectrices" des non-musulmans, et la montée de l'idée d'État-nation, mettent ces tentatives en échec. La première guerre mondiale aboutit au démantèlement de l'empire ottoman et à l'affirmation des consciences nationales, qui s'accompagnent d'une ethnicisation de l'appartenance confessionnelle. La République turque, fondée sur une conception raciale de la nation, s'impose contre les tentatives d'occupation et de mise sous tutelle par les puissances occidentales. Elle abolit en 1923 le sultanat ottoman et la fiction califale qu'il était censé incarner, mais met fin en même temps au pluralisme ethnique et confessionnel ottoman. Le nationalisme arabe qui émerge alors est contenu par les "Mandats" confiés à la France et la Grande-Bretagne sur les États du Proche-Orient, avant d'arracher l'indépendance par la lutte. L'islam devient partout une des principales composantes de l'identité nationale. Brutalement dépouillé de ses symboles les plus marquants avec l'abolition du califat, il se trouve sur la défensive et cherche à compenser les frustrations de son présent en inventant le recours mythique aux supposés pieux anciens, les salaf de la umma, la communauté fantasmée des origines. Les non-musulmans, conçus comme formant des "minorités", se sentent progressivement marginalisés ou exclus dans les nouveaux États. Un des faits les plus lourds de conséquence fut l'irruption sur la terre de Palestine du sionisme, un autre nationalisme inventé en Europe orientale au milieu du XIXe siècle qui prône la fondation d'un État pour les Juifs. Les circonstances historiques confuses du début du XXe siècle ainsi que l'appui de la Grande-Bretagne (déclaration Balfour de 1917) firent que le sionisme put prendre corps, malgré la résistance des populations locales, tant chrétiennes que musulmanes. A l'issue des événements tragiques de la seconde guerre mondiale et de l'extermination par les Nazis des juifs d'Europe, le partage de la Palestine en deux états est acté par L'ONU en 1947.  L’État d'Israël, continuateur de l'idéologie sioniste, est créé en 1948.

Légende de l'image : Dans le sein d'Abraham se rassemblent les nations. Bible de Souvigny, fin du XIIe siècle