Louis Vignes, fils du directeur de la Monnaie à Bordeaux, est militaire de carrière. Entré à l’Ecole navale en 1846, il fait une brillante carrière dans la marine de guerre qu’il quitte avec le grade d’amiral. Il pratique le calotype en amateur sans que l’on sache qui le lui a enseigné. Durant un voyage réalisé entre juin 1859 et octobre 1862 qui le mène du sud de la France au Liban en passant par la Sicile, il réalise 52 négatifs sur papier de petit format et procède lui-même au tirage sur papier salé. C’est un ensemble personnel et documentaire mais de très grande qualité. Vignes choisit de représenter surtout des paysages, des monuments, des sites. Les tirages aux teintes soutenues sont particulièrement bien conservés mais n’ont jamais été diffusés ni commentés de son temps. Ils sont passés directement des archives familiales aux collections de la BnF.

C’est cet intérêt pour la photographie, cette aisance dans son maniement et cette expérience de la pratique dans les pays méditerranéens qui conduisent ses supérieurs hiérarchiques à le recommander au duc de Luynes (1802-1867) lorsque ce dernier au début de l’année 1864 cherche pour une expédition archéologique ambitieuse un photographe qui soit également un compagnon de voyage agréable et comme le précise le duc, un homme du monde.

Lors de ce voyage qui s’étend de février à juin 1864, le duc de Luynes est accompagné, en plus de Louis Vignes, du docteur Combes et du géologue Louis Lardet. Après le départ du duc de Luynes, Vignes poursuit seul son voyage de juin à octobre 1864, afin de terminer de réaliser les photographies nécessaires pour le grand projet de publication qui doit rendre compte de l’expédition. Issu de la plus ancienne noblesse française, pourvu d’une fortune considérable, le duc de Luynes est l’un des très grands savants et amateur d’art du XIXe siècle. Numismate, archéologue et collectionneur qui a offert une partie des objets rassemblés au département des Monnaies, médailles et antiques de la BnF. Le duc s’intéressait vivement à la photographie dès son origine et fréquente la Société française de photographie fondée en 1854.

Aussi lors de ce voyage en Orient, voulait-il marier avec exigence l’ensemble de ses passions. Les photographies réalisées par Louis Vignes sur ses indications ont été reproduites très soigneusement par le photographe Charles Nègre (1820-1880) auteur d’un procédé d’héliogravure difficile à mettre en œuvre mais au rendu particulièrement fin. Pour ce voyage, Vignes utilise uniquement le négatif sur verre au collodion qui a un rendu plus précis et est plus facile à utiliser ensuite à des fins d’édition.

La Bibliothèque nationale de France conserve un ensemble particulièrement riche de l’œuvre de Louis Vignes : les 52 photographies de son premier voyage, un grand album de tirages originaux réalisé lors du voyage avec le duc de Luynes dans une reliure de grand luxe offerte au photographe par le duc et enfin provenant de la famille de Luynes, les essais en héliogravure de Charles Nègre pour la publication finale réalisée après la mort du duc décédé prématurément à Rome en 1867 ; et bien entendu les quatre albums publiés par le comte de Vogüé de 1871 à 1874 qui marquent une étape importante dans l’histoire du livre illustré par la photographie (Document numérique accessible sur le site de Bibliothèque de l'INHA). 

On peut noter que dans l’album conservé au département des Estampes et de la Photographie figurent des photographies plus familières non pas destinées à la publication mais constituant sans doute des souvenirs du voyage comme cette vue du salon d’Aimé Péretié (1808-1882), drogman du consul de France à Beyrouth et archéologue amateur. On y note la présence de la partition du Barbier de Séville de Rossini sur le piano et un album de photographies sur une table ronde.

Après ce voyage, Louis Vignes ne poursuit pas d’œuvre de photographe amateur et se tourne entièrement vers sa carrière militaire.

Légende de l'image : Beyrouth. Forts ruinés de l'entrée : photographie positive. Louis Vignes, 1860.