Félix Bonfils et son épouse Lydie (1837-1918) sont originaires de Saint Hippolyte du Fort dans le Gard. Relieur puis imprimeur et enfin photographe formé auprès de Niépce de Saint Victor, Félix Bonfils séjourne au Liban en 1860 lors de l’expédition militaire menée par la France. Il songe bientôt à y transférer son activité : l’atelier de photographie Bonfils est fondé à Beyrouth en 1867. Bonfils n’est pas un pionnier de la photographie : il est cependant le premier Français à ouvrir un atelier à Beyrouth. Sa femme bientôt aidée de son fils Adrien (1861-1929) réalise portraits et scènes de genre tandis qu’il sillonne le Liban, la Palestine, l’Égypte, la Turquie et la Grèce pour rapporter des clichés. La maison Bonfils est surtout réputée pour les paysages, sites et vues d’architecture réalisées d’abord pour les artistes, les voyageurs fortunés, les historiens de l’art et archéologues et ensuite pour des touristes de plus en plus nombreux. Bonfils déploie d’emblée une très grande activité : son catalogue porte au début des années 1870 la mention de quinze mille tirages, cinq cent quatre-vingt-onze négatifs d’Égypte, de Palestine, de Syrie et de Grèce, et neuf mille vues stéréoscopiques. Il y ajoute en 1876, Constantinople. Un nouveau catalogue récapitulant l’ensemble des vues proposées est édité en 1876. Ces vues sont vendues une par une au choix mais aussi rassemblées sous forme d’albums. Bonfils présente d’abord en 1872 son Architecture antique. Égypte. Grèce. Asie Mineure. Album de photographies publiée par Ducher à Paris et comprenant cinquante tirages albuminés originaux collés sur des bristols portant les légendes imprimées.

Pour l’exposition universelle à Paris en 1878, il produit une série de cinq volumes intitulés : Souvenirs d’Orient : album pittoresque des sites, villes et ruines les plus remarquables… publiés par l’auteur à Alès en 1877-1878 et couvrant l’Orient depuis l’Égypte et la Nubie (tomes I et II) jusqu’à Athènes et Constantinople (tome V). Chaque album comprend une quarantaine de photographies originales collées, ainsi qu’une « notice historique, archéologique et descriptive en regard de chaque planche ». Les recueils étaient ainsi proposés à l’acheteur sous une forme déjà achevée, un peu comme les keepsakes gravés des années 1830.  Ils reçurent une médaille à l’Exposition universelle et le cabinet des Estampes de la Bibliothèque alors impériale fait l’acquisition de l’ensemble de cette collection. A partir de cette date la firme qui se partage désormais entre Alès et Beyrouth est rebaptisée Bonfils et Cie. L’entreprise de Bonfils a une logique commerciale : il lui importe d’avoir l’offre la plus large possible couvrant tous les pays du Moyen-Orient, tous les sites, monuments et paysages recherchés par sa clientèle. Aussi Félix Bonfils n’y suffit-il plus seul très tôt. Il s’adjoint l’aide, outre son épouse et son fils, d’assistants restés pour la plupart anonymes, ainsi que de photographes locaux également originaires du Gard, Tancrède Dumas (1830-1905) et Jean-Baptiste Charlier (1822-1907) qui lui cèdent des clichés. En 1875 Félix Bonfils comprend la nécessité de procéder à la diffusion de ses épreuves depuis l’Europe même s’il a également un réseau de correspondants à l’étranger comme en témoignent les légendes souvent bilingues de ses épreuves. Il laisse son épouse et son fils gérer le studio de Beyrouth et il s’installe dans le Gard à Alès pour y organiser la vente par correspondance de toutes les images produites sur les rives de la Méditerranée. A sa mort en 1885, l’entreprise qui ouvre des succursales dans plusieurs pays du Moyen-Orient, est dirigée par son épouse et son fils jusqu’en 1895 date à laquelle ce dernier se tourne vers l’hôtellerie. Ce n’est qu’à la mort de Lydie Bonfils en 1918 que Abraham Guiragossian associé depuis 1909 rachète l’entreprise qui ferme définitivement en 1938.

L’ensemble du catalogue d’œuvres offertes par la firme Bonfils est aussi important qu’intéressant, d’autant que beaucoup des images allient un souci documentaire à une exigence esthétique dans la composition et le cadrage. La multiplicité des auteurs explique les sensibles fluctuations de qualité. La forte demande, les impératifs commerciaux, l’attrait de la clientèle pour un pittoresque rapide explique qu’une partie de la production puisse être jugée comme assez médiocre et occulte injustement des œuvres d’une réelle qualité. L’énorme production étendue sur plus d’un demi-siècle explique que les photographies de Bonfils soient aujourd’hui très présentes dans les collections publiques françaises (BnF, Médiathèque de l’Architecture et du Patrimoine, musée Niépce…).