En pleine guerre de Crimée, la contribution de l’Empire ottoman à la première Exposition universelle organisée à Paris, en 1855, se limita à l’envoi d’objets de luxe (tapis, instruments de musique et armes damasquinées) dont l’acheminement fut confié à un ingénieur français et photographe de talent, Ernest de Caranza. Plus étonnant, et admis par la commission, un projet de pont sur le Bosphore reliant Stamboul à la rive asiatique.

Douze ans plus tard, invité par Napoléon III, Abdülaziz, seul et unique sultan à s’être rendu en Europe, fit le déplacement. Le maître d’œuvre du pavillon ottoman était Léon Parvillée qui, entre autres commandes, avait restauré des monuments de Brousse et décoré le palais de la première exposition commerciale organisée à Constantinople, en 1863. Au Champ de Mars, il présenta une reproduction de la mosquée Verte, ainsi qu’une résidence le long du Bosphore, aux murs couverts de céramiques, et le modèle réduit d’un hammam traditionnel. Ismail Pacha, tout juste nommé khédive, se rendit aussi à Paris afin de présenter un splendide « Parc égyptien » dont la supervision avait été confiée à l’égyptologue Auguste Mariette. Il s’agissait de transmettre l’image d’un pays attaché à son glorieux passé, mais résolument moderne.

En 1873, à l’Exposition universelle de Vienne, deux prestigieux ouvrages parurent afin de promouvoir l’image de l’Empire: Architecture ottomane et Les costumes populaires de Turquie. Ce dernier, destiné à « fournir des renseignements aux études ethnographiques et sociales », rassemble 74 planches photographiques signées Pascal Sebah, accompagnées de textes rédigés par Victor Marie de Launay (très actif lors de l’exposition de 1867) et Osman Hamdi Bey (peintre qui avait exposé ses œuvres lors de cette précédente exposition).

Le sultan Abdülhamid II, qui avait accompagné son oncle à l’exposition universelle de Paris, comprit très tôt l’intérêt de participer à ces grand-messes du progrès. En 1878, l’Empire sortant vaincu de la guerre russo-turque, et en 1889, le sultan refusant d’être associé à la célébration du centenaire de la Révolution française, il fallut attendre la World’s Columbian Exposition de Chicago, en 1893. Toutefois, la volonté de présenter l’Empire comme un État faisant partie intégrante des nations civilisées s’est heurtée aux attentes des organisateurs comme du public, friands d’exotisme et de pittoresque.

Dans ces immenses foires qui s’employaient à instruire tout en distrayant, à Chicago, comme à Paris en 1900, les visiteurs purent admirer les plus belles productions de l’industrie et de l’artisanat ottomans tout en parcourant des bazars « couleur locale » et en assistant à des spectacles (mises en scène orientalisantes ou danses du ventre au palais égyptien). En bordure de Seine, quai des Nations, se dressa l’imposant palais ottoman, vaste empilement de différents styles architecturaux, très loin du raffinement déployé par Léon Parvillée, trente-trois ans plus tôt.

 

Légende de l'image : Vues des differents modèles admis à l'Exposition universelle de 1855 à Paris sous le n° 10.152 par E. Méder. 1855