Du Moyen-Âge à la fin du XVIIIe siècle, les missionnaires catholiques furent presque exclusivement les uniques résidents occidentaux permanents avec l’accord des autorités locales et impériales dans la capitale et dans les provinces. Les guerres de l’Opium suivies des Traités inégaux ouvrirent en grand la voie du prosélytisme aux catholiques en plus grand nombre et aux missions protestantes anglo-saxonnes.

Présence à éclipses

La présence chrétienne nestorienne est documentée en Chine depuis la dynastie des Tang (618-907). Sous la dynastie mongole des Yuan (1271-1368), des envoyés pontificaux franciscains et dominicains et des marchands italiens dont le plus célèbre est le vénitien Marco Polo (1254-1324) ont laissé la trace de nombreux échanges. Les catholiques bénéficièrent de la politique tolérante des Yuan envers les diverses religions mais les communautés naissantes furent balayées au début de la dynastie des Ming (1368-1644). Elles reprendront à la fin de cette même dynastie avec l’installation en 1583 du jésuite italien Matteo Ricci (1552-1610) dans la province méridionale du Guangdong. Ce regain d’activité missionnaire s’inscrit dans le contexte du droit de patronage des missions défini par la Papauté en 1494 (après la découverte du continent américain) qui attribuait l’encadrement de l’évangélisation de l’Orient exclusivement au Portugal à partir de Goa conquis en 1510. L’archipel japonais avait été atteint par les Portugais en 1543. Un ancrage permanent à Macao leur avait été autorisé par les autorités locales du Guangdong en 1557, tandis que les Espagnols s’emparaient des Philippines en 1565, par la voie maritime occidentale traversant l’Atlantique puis le Pacifique. De nombreux  marchands chinois des provinces côtières du Fujian et du Guangdong trafiquaient avec les Philippines. Après dix-huit ans passés dans le sud et le centre de la Chine, Ricci s’installa dans la capitale Pékin en 1601. La trajectoire de Ricci trace un avant et un après dans l’histoire des relations entre la Chine et l’Occident. Les règles de recrutement qu’il établit pour les nouveaux missionnaires de son ordre fondées sur la maîtrise de la langue chinoise orale et écrite et l’érudition scientifique assurèrent les progrès de la mission auprès des autorités jusqu’à son accession à des positions dans la hiérarchie officielle mandarinale, comme la présidence du Bureau d’astronomie chargé d’observer les phénomènes célestes comme la prévision des éclipses. Malgré certains épisodes de répression ponctuelle dont la virulence ne peut se comparer aux persécutions anti-chrétiennes du Japon, la mission connut une période ascendante sous les Ming et survécut à la transition dynastique avec les Mandchous des Qing (1644-1911) qui leur succédèrent. De1583 aux guerres de l’Opium, les Européens en Chine furent missionnaires. Les autres visiteurs n’étaient tolérés que saisonnièrement à Canton pour la foire.

La Querelle des rites

Après le règlement d’attribution des zones d’évangélisation aux différents ordres religieux consécutif aux Grandes découvertes, franciscains et dominicains qui avaient assuré la présence missionnaire en Chine au Moyen-Age dépendaient désormais de la couronne espagnole et partaient évangéliser les possessions espagnoles dans les Amériques tandis que la Compagnie de Jésus fondée à l’époque de la Renaissance en 1540 par Ignace de Loyola, dépendant du Portugal, exerçait son apostolat en Asie. Cependant, dès la prise des Philippines,  des religieux y embarquèrent pour des incursions sur les côtes du Fujian. La cristallisation des rivalités entre les différents ordres religieux s’établit autour de la tolérance jugée trop grande accordée par les jésuites aux rites traditionnels chinois de respect aux ancêtres et le culte d’Etat rendu à Confucius. Cette controverse mobilisa le Saint-Siège auquel les différents protagonistes firent appel. Plusieurs papes rendirent des avis contradictoires. La Sacrée Congrégation de la Propagande finit par envoyer en 1705 le légat pontifical Mgr Maillard de Tournon pour apporter à l’empereur Kangxi (règne 1662-1722) un avis défavorable aux rites traditionnels. Cette mission eut un effet désastreux sur Kangxi dont l’attitude personnelle envers le christianisme était bienveillante, dans la mesure où les missionnaires de la Cour possédaient des connaissances scientifiques et techniques qu’il jugeait utiles à son pouvoir et que les missionnaires établis dans les provinces (les jésuites mais aussi les envoyés des Missions étrangères de Paris au Sichuan) entretiennent de bonnes relations avec les autorités de l’administration locale.

La multiplication des publications sur la Chine

En Asie, la controverse sur la compatibilité des pratiques cultuelles traditionnelles avec les dogmes de la foi catholique concernait aussi l’Inde et le légat s’y arrêta avant de se rendre en Chine pour faire part de la réprobation romaine des rites malabars. Cependant, c’est à propos de la Chine que les polémiques furent les plus vives parce que l’empereur avait envoyé au Pape une explication des rites réfutant tout caractère superstitieux. En France, en particulier, la violence de la querelle des rites a attisé l’intérêt pour la Chine et sa culture. Les premières traductions des œuvres de Confucius ont été publiées à Paris sous l’égide de Louis XIV au moment où il venait d’envoyer des jésuites français qu’il affranchit des règles de patronage portugais en les dispensant de s’embarquer pour Macao à partir de Lisbonne. La mission jésuite française, autonome par rapport au Portugal, fut fondée en 1700. Elle perdura même après la proscription de la Compagnie de Jésus en 1763. Son dernier représentant mourut à Pékin en 1813. La Bibliothèque nationale de France est particulièrement riche en ouvrages rédigés par des membres de cette mission comme les grandes collections des Lettres édifiantes et curieuses (1702-1776), la Description de la Chine et de la Tartarie chinoise éditée par le père Du Halde en 1735, les Mémoires concernant les Chinois qui ont irrigué l’Europe de données savantes sur la culture chinoise. Grâce à une commission d’achat donnée par Louis XIV, la BnF se trouve aussi riche en ouvrages chinois des XVIIe et XVIIIe siècles.