Ces premiers légats apostoliques et envoyés royaux ont été choisis dans les ordres mendiants (dominicains et franciscains) qui se partageaient alors le monde catholique. Les échanges de correspondances entre l’Occident et l’Empire mongol sont documentés par des archives.

Les premiers envoyés dans l’empire mongol.

La légende du prêtre Jean, un potentat puissant en Asie qui aurait reçu le baptême et aurait été élevé au sacerdoce, avait été présentée comme véridique au Pape Eugène III en 1145, mais, en 1238, Ögödei, le fils de Gengis khan, s'était emparé de Moscou, puis de Kiev. En 1240, la Pologne et la Hongrie avaient été envahies. En 1241, Vienne avait été menacée. C’est dans ce contexte que le Pape Innocent IV (pontificat 1243-1254) envoya deux missions, l’une composée de franciscains, l’autre de dominicains, pour exhorter le khan à se faire chrétien et renoncer à attaquer la chrétienté. La première mission menée par Jean de Plan Carpin (Giovanni dal Piano dei Carpini 1182-1252) partit de Lyon où se tenait un concile le 16 avril 1245. Carpin, alors âgé de soixante-trois ans, prit la route de terre avec un compagnon, le frère Etienne, originaire de Bohème et deux lettres en latin. Il assista à Karakorum, la capitale du khan, à l’élection du successeur d’Ögödei, Güyük, qui lui remit le 24 août 1246 une réponse en persan pour Innocent IV réclamant une soumission des souverains chrétiens. De retour en 1247, il composa Historia Mongolorum quos nos Tartaros appellamus (Histoire des Mongols appelés par nous Tartares) un récit foisonnant de renseignements sur les coutumes, la géographie, l’histoire du peuple mongol, popularisé par sa reprise en 1263 dans la compilation des connaissances du Moyen-Age Speculum Historiale du dominicain Vincent de Beauvais (1184/1194-1264). La mission dominicaine parvenue en Perse fut congédiée par le commandant des troupes mongoles.

 En 1248, l’un des dominicains de retour de Perse, André de Longjumeau, vit à Chypre le roi de France Louis IX (1214-1270), futur Saint Louis, en route pour la VIIe Croisade. Il  lui fit espérer la possibilité d’une alliance de revers entre Mongols et Croisés contre les Sarrazins pour reprendre Jérusalem. Saint Louis confia une nouvelle mission chez les Mongols à Longjumeau. Ce dernier rencontra la veuve de Güyük qui lui remit des lettres réclamant la vassalité des souverains chrétiens. Longjumeau retrouva Saint Louis en Palestine en 1251 alors que Möngke succèdait à Güyük comme grand khan. Saint Louis envoya alors le franciscain Guillaume de Rubrouck (1210/1220-1270), du comté de Flandres, sujet du roi de France. Parti de Constantinople le 7 mai 1253, Rubrouck resta cinq mois à la cour du khan avant de rentrer en Palestine en 1255 avec une lettre de Möngke pour Saint-Louis. Le récit de Rubrouck est le rapport de son voyage destiné à Saint Louis. A Karakorum, Rubrouck a compté deux mosquées, une église nestorienne et douze temples bouddhiques et taoïques. Il a aussi rencontré des catholiques déportés par les Mongols durant leurs conquêtes, une dame Pâquette originaire de Metz en Lorraine et un orfèvre parisien, Guillaume Boucher. Le récit de Rubrouck ne fut que tardivement diffusé, au XIXe siècle, mais certains éléments en ont été connus. Il est cité dans l’Opus Major (1267) du franciscain Roger Bacon (1214-1294). Ni Carpin, ni Longjumeau, ni Rubrouck n’ont atteint la Chine mais ils sont revenus avec la certitude que son existence n’était pas mythique.

Des communautés chrétiennes protégées par la Paix mongole

Le premier empereur mongol de Chine fondateur de la dynastie des Yuan (1271-1368), le petit-fils de Gengis khan Khubilai (1215-1294), consolida son pouvoir en restaurant la paix, assurant la sécurité de la voie de terre où s’engagèrent les caravanes commerciales. Les plus connus des marchands italiens qui empruntèrent cette voie sont les Polo (1254-1324) dont le neveu Marco aurait séjourné en Chine entre 1271-1295. La notoriété de son Livre des Merveilles (première version rédigée en français médiéval de 1298) éclipsa bientôt les écrits missionnaires. Sous les Yuan, le pouvoir civil garantissait liberté de culte et protection aux diverses religions.

La présence de chrétiens nestoriens en Chine est attestée depuis la dynastie des Tang (618-907) par la stèle gravée en 781 retrouvée près de la ville de Xi’an au début du XVIIe siècle. Expulsés pour hérésie au Ve siècle, les nestoriens s’étaient répandus dans toute l’Asie par la Perse et l’Inde. Ils conservaient des liens avec leur patriarcat de Séleucie. Sous les Mongols, ils avaient deux évêchés en Chine. Des fouilles archéologiques ont permis de trouver de nombreuses pierres tombales crucifères. Le roi Philippe le Bel (1285-1314) montra la couronne d’épines de la Sainte-Chapelle de Paris à Rabban-Sauma (1220-1294), un ouïgour nestorien originaire de Pékin envoyé par le souverain mongol de Perse.

Sous les successeurs de Khubilaï et jusqu’à la fin de la dynastie Yuan, les missions franciscaines en Chine s’implantèrent. Le Pape Nicolas IV (pontificat 1288-1292) envoya Jean de Montcorvin (Giovanni de Monte Corvino 1247-1328) en 1289 avec des lettres pour le khan. Rejoint par d’autres religieux envoyés par le Pape avignonnais Clément V (pontificat 1305-1314), il fut sacré évêque de Cambaluc en 1307. Il mourut dans la capitale Khan-baliq (la Cambaluc de Marco Polo). Sous les Yuan, au moins quatre évêques se sont succédés sur le siège de Cambaluc. On constate un envoi continuel de nouveaux missionnaires : les noms de 164 envoyés pour la seule ville de Cambaluc auraient été relevés dans les documents. On conserve d’autres souvenirs de cette époque, comme le si vivant Itinerarium de mirabilibus orientalium Tartarorum d’Odoric de Pordenone (1286-1331) originaire de la région de Venise qui partit en 1318, aborda à Canton en 1325 et revint en Europe en 1330. Les contacts avec le Saint-Siège se prolongèrent jusqu’au dernier empereur Yuan qui envoya des émissaires en 1338. Benoît XII (pontificat 1334-1342) envoya en retour Jean de Marignolli qui rentra en Europe en 1346. Quand les Ming (1368-1644) renversèrent les Yuan et restaurèrent un pouvoir purement chinois (han), les religions implantées sous le régime mongol furent balayées avec lui, églises et couvents chrétiens disparurent. Des missionnaires catholiques ne reviendront qu’à la fin de la dynastie Ming avec l’arrivée des premiers jésuites en 1583.