Le Raj britannique naît officiellement en 1858, après la dissolution de la Compagnie britannique des Indes orientales et le transfert du pouvoir à la Couronne britannique suite à la Rébellion indienne de 1857. L’empire durera jusqu’à ce que l’Inde reprenne son indépendance des mains des Britanniques le 15 août 1947. Il se répercute sur différents aspects de l’administration coloniale britannique en Inde, avec notamment l’établissement d’institutions britanniques, l’instauration de lois et de politiques britanniques, ou encore l’exploitation économique des ressources indiennes au profit de l’Empire britannique.
Anne-Julie Etter, maîtresse de conférences en histoire à CY Cergy Paris Université
Le terme « Raj » (« règne » ou « royaume » en hindi) est utilisé pour désigner l’Empire britannique des Indes, qui connaît son apogée de la deuxième moitié du XIXe siècle à la Première Guerre mondiale.
Le premier siècle colonial (1757-1858)
En 1757, lors de la bataille de Plassey, l’East India Company (EIC) remporte une victoire sur le souverain du Bengale, Siraj-ud-Daulah. Cette date marque conventionnellement le début de la colonisation britannique en Asie du Sud, bien que celle de 1765 soit plus significative. L’EIC reçoit alors de l’empereur moghol Shah Alam II (r. 1759-1806) le droit de prélever l’impôt et d’exercer la justice civile au Bengale. Dans les décennies qui suivent, les Britanniques étendent leur pouvoir à la majeure partie du sous-continent. Les conquêtes sont menées par des soldats indiens, les cipayes, encadrés par des officiers européens.
Les territoires annexés sont administrés par l’EIC, mais les activités de cette dernière sont soumises dès la fin du XVIIIe siècle au contrôle du Parlement et du gouvernement britanniques. Quant à l’empereur moghol, il demeure en place tout en étant dépourvu de pouvoir. La Grande Rébellion (1857-1858), qui marque durablement les relations entre Indiens et Britanniques, met un terme à cette configuration.
Le joyau de la Couronne
En 1858, l’Inde devient une colonie de la Couronne. Son administration est assurée à Londres par un service du gouvernement, l’India Office, qui est dirigé par un secrétaire d’État à l’Inde. Un vice-roi est à la tête de l’administration coloniale en Inde. L’année 1858 marque également la fin de l’Empire moghol. Jugé pour trahison, l’empereur Bahadur Shah Zafar est déporté en Birmanie et ses descendants sont exécutés. En 1876, le souverain britannique devient empereur des Indes. Victoria est la première à porter ce titre.
La phase de conquête territoriale est close. La Grande-Bretagne administre directement près des deux tiers du sous-continent. Le tiers restant, qui est sous une forme plus ou moins forte de contrôle indirect, est composé d’environ 560 États princiers de taille et de statut très variés. Les Britanniques s’efforcent de faire de leurs souverains des soutiens du Raj.
De la seconde moitié du XIXe siècle à la Première Guerre mondiale, l’Inde est au cœur du dispositif impérial britannique. Elle sert de débouché aux produits manufacturés et aux capitaux de la Grande-Bretagne. Les soldats indiens servent sur de nombreux fronts extérieurs et l’apport de ces troupes est décisif pour l’Empire britannique. Pendant la Première Guerre mondiale, les troupes indiennes combattent en Mésopotamie, en France et en Belgique.
Domination et exploitation
Les Britanniques, dont les effectifs dans le sous-continent sont dérisoires par rapport à la population de ce dernier, vivent en grande partie séparés de la société indienne et se réservent la primauté dans tous les domaines. Largement majoritaires dans l’administration comme dans l’armée, les Indiens occupent des positions subalternes. Le développement de cultures commerciales tournées vers l’exportation se fait au prix de nombreux abus (usage de la coercition, violences, déplacement de populations), comme l’illustre le cas de l’opium, de l’indigo et du thé. Les campagnes demeurent marquées par une pauvreté massive. Disettes et famines sont fréquentes.
Résistances à l’impérialisme britannique
La sphère religieuse et culturelle témoigne de la capacité d’adaptation et de résistance des colonisés. Les conversions au christianisme sont restées peu nombreuses, tandis que des mouvements de réforme se déploient dans la plupart des confessions. Les élites indiennes parviennent également à s’affranchir des normes du colonisateur dans le domaine de la création littéraire et artistique.
Le nationalisme indien émerge à partir des années 1860-1870 dans les rangs de l’intelligentsia anglicisée, qui dénonce l’exclusivisme racial du colonisateur, l’exploitation des ressources de la colonie et la non-application dans cette dernière des principes libéraux et démocratiques promus en métropole. La contestation du pouvoir colonial prend de l’ampleur au tournant du XXe siècle, et plus encore après la Première Guerre mondiale. Sous l’influence de Gandhi, elle devient massive. Plusieurs campagnes antibritanniques sont lancées dans l’Entre-deux-guerres. Le pouvoir colonial répond par la répression et des réformes politiques modérées, qui ne remettent pas en cause l’autorité de Londres sur la colonie.
Les indépendances
À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, les Britanniques renoncent à se maintenir en Asie du Sud : leurs intérêts commerciaux et financiers y sont en recul et leur pouvoir est fortement remis en cause. Ils se retirent de façon précipitée, sur fond d’affrontements intercommunautaires. Le 14 et le 15 août 1947, l’indépendance est accordée à deux États séparés, le Pakistan et l’Inde. La Partition s’accompagne de flux migratoires massifs et d’intenses violences. Elle constitue un traumatisme individuel et collectif, qui pèse lourdement sur les relations entre les deux pays.
Publié en 2026
