Depuis longtemps, la Bibliothèque nationale de France et son homologue américain, la Bibliothèque du Congrès, ont établi des relations étroites : parce qu’elles partagent la mission fondamentale de conserver les œuvres éditées chacune dans leur pays, à travers l’exercice du dépôt légal ; parce qu’elles incarnent une conception encyclopédique et universaliste du savoir ; parce qu’elles portent une histoire partagée, marquée, à l’aube de l’histoire des États-Unis d’Amérique, par l’engagement de la France aux côtés des insurgés américains. C’est ce qui avait conduit les deux institutions à élaborer en 2005 un premier projet numérique commun, intitulé La France en Amérique.
 
Depuis lors, la BnF a poursuivi et approfondi sa réflexion sur la dimension internationale de ses collections, sur ce que ces collections disent d’une histoire partagée, avec la volonté de tirer parti de ce que le numérique permet de réaliser : non seulement rapprocher et même réunir des collections, mais aussi les soumettre à des regards croisés et constituer ainsi un patrimoine commun. Patrimoines Partagés est le nom d’une collection numérique, créée en 2016 et consacrée aux relations internationales, telles qu’elles se donnent à voir dans les collections de la bibliothèque. Cette collection se déploie aujourd’hui sur tous les continents. C’est dans ce cadre qu’une nouvelle bibliothèque numérique a été conçue s’agissant du continent nord-américain, en partant de La France en Amérique, mais avec la volonté d’en étendre la portée.
D’une part en élargissant les limites géographiques et temporelles de l’ensemble documentaire. Le choix a ainsi été fait d’étendre le projet à la Caraïbe – ce qui permet d’aborder pleinement l’histoire coloniale aux Amériques et de mieux éclairer nombre de débats actuels. Quant à la chronologie, elle englobe dorénavant le 19e siècle, là où le précédent projet s’arrêtait à la vente de la Louisiane en 1803, et s’étend jusqu’en 1946 pour les Antilles et la Guyane, date qui marque la fin du statut colonial pour ces territoires.
D’autre part, le projet associe désormais, au-delà de la BnF et de la LoC, l’ensemble des institutions patrimoniales nationales et internationales susceptibles d’aborder la thématique retenue par leurs collections et leur expertise. Participent ainsi au conseil scientifique (liste).
 
Ainsi est né La France aux Amériques.
 
Lancé en 2020 pour les collections consacrées à l’Amérique du nord, le projet sera totalement déployé en 2022 avec l’ajout de celles  consacrées à la Caraïbe. La typologie des rubriques, véritable invitation au voyage et à l’analyse, laisse augurer un avenir fécond à un dispositif qui vise, par la mise en commun des collections, à susciter de nouvelles coopérations, à initier de nouvelles recherches et à permettre, par la multiplication et la confrontation des points de vue, un enrichissement de la connaissance et sa diffusion la plus large possible. Manuscrits, imprimés, cartes, dessins et photographies, sélectionnées dans les collections de 19 partenaires, constituent aujourd’hui un corpus de plus de 2 000  documents de toute nature, dont l’enrichissement se poursuivra au-delà de 2021. Une diversité et une richesse qui se veulent source d’inspiration.
 
Les Amériques s’y dessinent telles qu’elles sont à travers leur histoire : théâtre d’affrontements entre projets coloniaux rivaux dont les autochtones  soucieux d’affirmer une souveraineté menacée, sont les protagonistes à part entière ; terres d’expression, ici en Amérique du Nord, pour un projet politique révolutionnaire marqué du sceau de la liberté mais sans abolition de l’esclavage et une citoyenneté fort incomplète pour les libres de couleur et plus encore pour les autochtones, là, aux Antilles, pour une  Révolution haïtienne, dans le sillage de la Révolution française, aboutissant à  la première abolition de l’esclavage et à la deuxième indépendance du continent sur fond de restauration de l’esclavage en Guadeloupe et en Guyane ; espaces où résonnent les noms de Kondiaronk, Marie Rouensa, Vaudreuil, La Fayette, Toussaint Louverture, Delgres, la mulâtresse Solitude, Léger-Félicité Sonthonax et Schoelcher et les échos du marronnage et des révoltes, où se nouent bien des questions du monde contemporain – universalisme, droits de l’homme, esclavage, migrations … ; mais aussi continent synonyme d’exploration de voyage, de partage, avec les figures de Cartier, La Vérendrye, Champlain, Plumier, Jolliet, le père Marquette, Iberville, La Pérouse, Labat, de Wimpffen, où s’exercent les talents des cartographes, des ethnologues, des écrivains, des linguistes, source d’inspiration sans fin pour un imaginaire puissant.
Que l’on se situe dans le champ politique et philosophique, ou dans celui de la création, la France et les Amériques jouent une partition faite d’échos, d’échanges, d’inspiration croisée. Et si les Amériques font figure de précurseur et incarnent des sciences nouvelles et plurielles dont la vitalité et la créativité se sont depuis répandues de par le monde, elles témoignent aussi d’hybridations qui renvoient à une histoire complexe, dans laquelle les peuples autochtones cherchent aujourd’hui encore leur place, dans laquelle l’esclavage continue de produire autant de réflexions douloureuses et profondes que de rebonds créatifs, une histoire faite de questionnements et de résistances face à l’ordre colonial mais aussi d’échanges volontaires et consentis, d’ensemencements réciproques. La France y a sa part et l’on entend aujourd’hui sa voix, jusque, bien sûr, dans les communautés francophones qui ont conservé l’usage de la langue, jusqu’aussi dans le dialogue avec les langues créoles qui lui sont associées aux Antilles comme en Guyane.
 
La France aux Amériques entend donc témoigner d’une communauté de destin et d’un héritage multiple et complexe, à travers la mise à disposition de documents à tous égards précieux et en suscitant des travaux qui en renouvelleront le sens, aujourd’hui et demain.