Émanant du service des Bâtiments de l’État du ministère égyptien des Travaux publics, ce recueil de 48 photographies offre un panorama de l’architecture contemporaine égyptienne.  En dépit de son titre, toutes les constructions sont situées au Caire, à l’exception du Collège Saint-Marc d’Alexandrie, œuvre des architectes français Léon Azéma, Max Edrei et Jacques Hardy, édifié en 1928 (n° 17).  L’album n’est pas daté mais il a dû être constitué au début des années 1930. Plusieurs des bâtiments illustrés ont été terminés  en 1931 ou 1932, même si des édifices plus anciens figurent également,  tel que le Musée des antiquités égyptiennes, le Musée Arabe (aujourd’hui musée d’art islamique) ou encore le pavillon de réception des hôtes de marque du gouvernement égyptien, tous achevés en 1902. En outre, un autre service du même ministère avait préparé en 1931 un document comparable : la « Carte du développement progressif de la ville du Caire de l’année 1800 à nos jours», pour montrer l’évolution de son urbanisation[1]. Légendées en arabe et en anglais, les photographies étaient peut-être destinées à figurer dans une exposition, par exemple la XIVe Exposition agricole et industrielle du Caire de 1931 ou sa XVe édition tenue en 1936.

Les clichés présentent tout d’abord quelques-unes des grandes réalisations du service producteur de l’album, le département en charge  de la construction et de l’entretien des édifices publics. Y figurent notamment le Parlement, symbole de la souveraineté égyptienne depuis que l’Angleterre a mis fin en 1922 à son protectorat sur l’Égypte, ainsi que la faculté de lettres de la jeune Université du Caire, ferment de la Renaissance culturelle du pays (Nahda). Le recueil fait aussi la part belle au monument érigé à la mémoire du leader nationaliste Saad Zaghlul entre 1928 et 1931, toujours par ce même service. Le mausolée d’esthétique syncrétique (n° 6-9), mêlant références égyptisantes (dans son décor) et références islamiques (dans sa typologie architecturale),  ne fut pas sans susciter la controverse, en raison du paganisme associé à la religion des Anciens Égyptiens. C’est l’œuvre de Mustafa Fahmy, architecte égyptien de formation française qui exerça à partir de 1928 les fonctions d’architecte en chef des bâtiments de l’État et est considéré comme le père de la profession des architectes égyptiens.  D’autres de ses réalisations, de facture néo-islamique et effectuées à titre privé cette fois, sont également illustrées dans l’album (n° 38, 39-41, 43). De façon générale, les réalisations à caractère historiciste y sont surreprésentées, reflétant l’importance acquise par la question du style national en architecture, alors que croît le mouvement égyptien d’indépendance. Érigé en 1924-1927, le siège social de la Banque Misr (n° 4) (Misr désignant l’Égypte) est un autre exemple, plus classicisant, d’architecture néo-islamique à symbolique politique, illustrant la montée en puissance du capitalisme égyptien au service du développement de l’économie nationale, la raison d’être de l’établissement bancaire et du groupe industriel auquel cette orientation donna naissance. Figurent enfin des lieux de culte, tous deux chrétiens, dont  l’Église de Saint-Grégoire l‘Illuminateur, construite en 1924-1927 par l’architecte Léon Nafilyan pour la communauté apostolique  arménienne d’Égypte.

L’autre thème de l’album est la construction privée. Plusieurs grandes demeures, à nouveau de facture néo-islamique,  y sont documentées : celle du comte de Zogheb (n° 21), érigée en 1898, ou encore celle bâtie à Héliopolis, dans la banlieue du Caire, par l’architecte Alexandre Marcel  en 1908 pour le futur sultan Hussein Kamel. De façon plus inattendue, les clichés réunis donnent également à voir des intérieurs. On y découvre ceux de plusieurs villas éclectiques, dont les pièces de réception et les salons plus intimes de l’habitation du magistrat Mugib Fathy bey. L’arrangement des pièces ne détonnerait pas dans les catalogues de décoration bourgeoise du temps : grilles en fer forgé, paravent fleuri, fleurs de lys au pochoir, bibelots chinois et tapisseries suspendues. La couleur locale est apportée par le « salon arabe » (n° 32), pièce généralement utilisée comme fumoir ou boudoir, que toute bonne maison se devait d’avoir. Tous ces décors sont signés par l’architecte égyptien Aly Labib Gabr (1898-1966), une autre figure pionnière, formée en Angleterre, et qui marqua ses nombreux élèves de l’École polytechnique du Caire où il enseigna à partir de 1924.
 

Kingdom of Egypt, Ministry of Public works, State buildings department, Photographs of various buildings in Egypt, s.d., 42 planches

[1] EI-182, bnf, Estampes et photographie