Avant de monter sur le trône de France en 1574, Henri de Valois est brièvement roi de Pologne et grand-duc de Lituanie de 1573 à 1574, ces deux pays constituant la République des Deux Nations (1569-1795). Son élection au trône de Pologne contribue de manière significative au développement des relations franco-polonaises.
La monarchie élective, un régime politique original
Après la mort du dernier roi de la dynastie des Jagellons, Sigismond II Auguste (1520-1572), la Diète établit en 1573 le principe de la monarchie élective qui perdurera jusqu’en 1791 et qui constitue le pivot du système politique de la République nobiliaire de Pologne. Les rois polonais sont dès lors élus par l’ensemble des membres de la noblesse (szlachta) par acclamation. Les princes étrangers peuvent aussi se porter candidats à l’élection. La succession héréditaire dynastique n’étant plus respectée, cette élection s’accompagne d’un contrôle rigoureux du pouvoir royal par la Diète.
Pourquoi la France s’intéresse-t-elle au trône de Pologne ?
La France s’intéresse à la couronne de Pologne dès la fin du règne de Sigismond II Auguste (1520-1572), mais les premières démarches diplomatiques se soldent par un échec. La diplomatie française redouble alors d’efforts pour soutenir la candidature française lors de la première élection. Charles IX soutient l’élection de son frère Henri, duc d’Anjou, pour à la fois affaiblir les Habsbourg sur la scène européenne, accéder au commerce en mer Baltique et se débarrasser d’un rival dans l’accession au trône de France.
Élection d’Henri de Valois au trône de Pologne
La candidature d’Henri de Valois est source de controverses en Pologne, en raison de son implication dans le massacre de la Saint-Barthélemy. Les Polonais craignent qu’une fois sur le trône, ce souverain ne respecte pas les droits des protestants, violant ainsi le principe de tolérance religieuse en vigueur en Pologne.
Finalement, le 11 mai 1573, Henri de Valois est élu sous le nom d’Henryk Walezy, roi de Pologne et grand-duc de Lituanie. Les cérémonies de couronnement ont lieu le 21 février 1574 à la cathédrale du château de Wawel à Cracovie, alors capitale de la Pologne.
L’arrivée d’Henri de Valois en Pologne : rencontre de deux cultures
Henri de Valois, duc d'Anjou, partant pour la Pologne
Le cortège royal, courtisans et dames de la cour, transportant meubles et objets précieux, arrive à destination fin janvier 1574. Les mœurs libres du roi ainsi que son style vestimentaire, ses bijoux et le port de perles aux oreilles paraissent extravagants et étranges aux yeux des Polonais. Le nouveau roi, de son côté, s’étonne des mœurs polonaises et est terrifié par le climat rigoureux de son nouveau royaume dont, par ailleurs, il ne connaît pas la langue. Entouré d’un cercle restreint de courtisans français, il repousse aussi le mariage avec Anna Jagellon, son aînée de 28 ans, la sœur du dernier Jagellon.
La fuite en France
Le 14 juin 1574, Henri de Valois apprend le décès de son frère Charles IX, roi de France. Il quitte sous un déguisement le château de Wawel dans la nuit du 18 au 19 juin et réussit à franchir la frontière. Les Polonais, lancés à sa poursuite, l’arrêtent puis le relâchent en échange de la promesse d’un prompt retour. Henri de Valois ne tient pas parole. Il est couronné roi de France le 13 février 1575 sous le nom d'Henri III, mais ne renoncera cependant jamais officiellement à son titre de roi de Pologne et se considérera comme son souverain de droit jusqu’à sa mort, en 1589. Une diète pour un nouveau roi s'ouvre à partir de novembre 1575.
La mémoire d’Henri de Valois dans la culture polonaise
Le bref passage d’Henri de Valois sur le trône de Pologne ainsi que les circonstances extraordinaires de sa fuite restent présents dans la mémoire polonaise. De nombreuses œuvres littéraires et artistiques polonaises se sont fait l’écho de ces événements, tels l’« Ode I, Au roi Henri de Valois séjournant en France » (Oda I. Do króla Henryka Walezego bawiącego we Francji), du poète Jan Kochanowski, ou encore le tableau La fuite de Henri de Valois de Pologne du peintre Artur Grottger (Ucieczka Henryka Walezego z Polski, 1860, Musée National de Varsovie).
L’Ordre du Saint-Esprit
Henri III crée l’« ordre et milice du benoît Saint-Esprit » le 31 décembre 1578 ; il choisit le nom de Saint-Esprit en référence à sa propre naissance, à son accession au trône de Pologne et, plus tard, à celui de France : en effet, tous ces événements ont eu lieu le jour de la Pentecôte. Pendant les deux siècles et demi de son existence, cet ordre de chevalerie demeurera le plus prestigieux de la monarchie française. Les souverains Jean III Sobieski (1676) et Stanislas Leszczyński (1725) compteront parmi ses chevaliers.
Les premières histoires de Pologne publiées en France
L’élection d’Henri de Valois au trône de Pologne est un moment important dans les relations entre les deux royaumes. Jusqu’à cette époque, les liens religieux, militaires et diplomatiques sont ténus. Avant 1573, la Pologne est très peu connue en France, il n’existe d’ailleurs aucun livre en français consacré à son histoire. Avec l’élection d’Henri de Valois, paraissent en France plusieurs descriptions de la Pologne, suscitant un intérêt croissant pour ce pays considéré jusqu’alors comme lointain et exotique.
Luthiste de roi
En accédant au trône de Pologne, Henri de Valois fait venir un certain nombre de ses compatriotes. De même, à son retour en France, il est accompagné par des Polonais qui l’ont servi à la cour de Cracovie. Parmi eux figure Jakub Polak (Jacques le Polonois, Jakub Reys, c. 1545 - c. 1605), compositeur, luthiste et valet ordinaire du roi jusqu’à sa mort, et auteur de préludes, fantaisies, danses et chansons.
Publié en août 2017
