Émigration polonaise en France au XIXe siècle

 L’échec de  l’insurrection de Novembre (1830-1831) contre la Russie poussa entre huit et neuf mille Polonais à émigrer. Parmi ces exilés, les officiers de l’armée polonaise constituaient le plus grand contingent aux côtés de simples soldats et civils dont la majorité trouva refuge en France. Suite aux soulèvements nationaux de 1846 et 1848 une nouvelle vague de révolutionnaires polonais arriva sur les rives de la Seine. Moins nombreux que leurs aînés, ces insurgés ne fondèrent pas de structures politiques aussi solides que l'émigration précédente qualifiée de «Grande» dans l'historiographie polonaise en raison de son apport particulier dans le domaine de la culture.
En janvier 1863 éclata une nouvelle insurrection polonaise contre l’occupant russe qui s’avéra être la plus importante et la plus longue. Après sa défaite en automne 1864, de nombreux participants arrivèrent en France et parmi eux, comme après le soulèvement de novembre 1830, beaucoup de militaires de haut rang. Ce sont eux qui joueront un rôle majeur dans la Commune de Paris.

Les réactions des Polonais au déclenchement de la guerre franco-prussienne

Au début de la guerre franco-prussienne de 1870, la plupart des Polonais vivant en France espéraient une victoire rapide de l'armée de Napoléon III sur la Prusse, l'un des occupants de la Pologne. Ils étaient nombreux à s’être engagés dans les rangs français. Des officiers polonais, à l’instar du général Ludwik Bystrzonowski (1797-1878), âgé alors de 73 ans, proposèrent leurs services au Ministère de la Guerre, mais sans succès. 
La défaite de l'armée française suscita une grande déception parmi ces Polonais.
Pendant le siège de Paris par les Prussiens, les négociations furent menées avec le gouvernement français en vue de la formation de  la Légion slave (initialement la Légion polonaise) qui devait se battre pour la défense de la France. Le colonel Tomasz Wierzbicki (1827-1896), ancien insurgé de janvier 1863, y joua un rôle important. Mais cette idée fut abandonnée en janvier 1871 lorsque le gouvernement français entama des négociations avec les Allemands afin de conclure un armistice (28 janvier 1871).

Les Polonais dans la Commune de Paris

Dès le 18 mars, date  qui marque le début de la Commune de Paris, les réfugiés polonais se divisèrent en deux camps. Les représentants de l'aile gauche de l'émigration soutenaient les communards et participèrent activement aux combats contre les Versaillais, d'autres, aux convictions plus conservatrices et notamment l'ancienne émigration liée au camp politique de l'hôtel Lambert, prirent le parti du gouvernement d’Adolphe Thiers. On estime qu’entre 400 à 600 volontaires polonais rejoignirent la Commune. Certains, en tant que soldats professionnels, possédant une solide expérience des combats acquise entre autres lors du soulèvement de janvier. Parmi eux deux généraux y jouèrent un rôle de premier plan : Jarosław Dąbrowski (Dombrowski) (1836-1871) et Walery Wróblewski (1836-1908). Le premier comptait parmi les militaires les plus importants dans les rangs des communards. Collaborateur proche de Louis-Charles Delescluze, Dąbrowski souhaitait que les communards attaquent au plus vite les troupes gouvernementales stationnées à Versailles. Il commanda la 11e légion de la Garde Nationale, puis, début mai, devint le commandant en chef de l’armée de la Commune. Blessé sur une barricade à Montmartre il décéda le 23 mai 1871 des suites de ses blessures.
Quant à Walery Wróblewski, il organisa et dirigea d’abord la cavalerie des Fédérés de la Commune, et fut nommé ensuite commandant de la troisième armée, il défendit la rive gauche de la Seine contre les troupes gouvernementales.
Ayant réussi à survivre à la « semaine sanglante »  il quitta secrètement la France muni d’un passeport prussien après la chute de la Commune et se réfugia à Londres. Condamné à mort par contumace, il revint en France après l'amnistie de 1881.
Un autre Polonais, ancien insurgé de novembre 1830, Roman Czarnomski (ou Czarnowski) (1800-1892), fut nommé général de la Commune. Il collabora avec Wróblewski à la création de la cavalerie. A 70 ans, il prit d'abord part à la guerre franco-prussienne, puis se rangea du côté de la Commune. Condamné aux galères, il revint à Paris à un  âge avancé en 1883. 
Fils d'un réfugié polonais, Auguste Okołowicz (1838-1891), participa d’abord en tant que capitaine à la guerre franco-prussienne dans l'armée vosgienne. Dès le mois de mars il rejoignit la Commune fut nommé général. Il commanda le 90e bataillon de la Garde Nationale. C'est lui qui, le 18 mars, accrocha le drapeau rouge à la colonne de la Bastille. Ses quatre frères combattirent également pendant la Commune et un autre perdit la vie dans la guerre franco-prussienne.
Il convient de mentionner ici une légende autour d’un autre Polonais, Florentin Trawiński (1850-1906), historien de l'art et depuis 1892 secrétaire général des musées nationaux de France. Selon une rumeur largement répandue, il aurait sauvé le Louvre de l'incendie en remplaçant les barils de pétrole par des barils d'eau. Néanmoins, cette allégation est invalidée par Mirosława Sikorska dans son livre publié en Pologne en 2018 Florentyn Trawiński : "zbawca Luwru"... : fakty i mit (Florentin Trawinski : "Sauveur du Louvre "... : faits et mythe).

Les  Conséquences de la participation des Polonais à la Commune de Paris

Parmi les Polonais séjournant en France pendant la Commune de Paris, il y avait beaucoup de ses partisans, mais probablement encore plus d'opposants. Dans les années qui suivirent, la cause polonaise fut associée à la Commune de Paris. Cependant, quel que soit  leur camp politique, les Polonais perdirent la sympathie du peuple français qui leur était acquise auparavant dans leur lutte pour l’indépendance. 
Aussi bien le peuple que les autorités françaises, voyaient dorénavant dans les Polonais des révolutionnaires responsables de la destruction de Paris et du chaos révolutionnaire.
L'humiliation subie lors de la défaite dans la guerre contre la Prusse devenue l’Allemagne poussa les gouvernements français successifs à se tourner de plus en plus vers la Russie, le plus grand ennemi des Polonais dans leur lutte pour l’indépendance.
Cette situation entraîna la disparition de la vie politique polonaise à Paris, marquée par le déclin des institutions fondées auparavant. De nombreux Polonais quittèrent la France, retournant surtout en Galicie, alors sous domination autrichienne, où à partir de 1867, il fut possible de promouvoir les idées patriotiques assez librement.

 

Publié en juin 2021.