Les Français ne commencent peut-être à se faire une image du Brésil qu'à partir de l'année 1551, quand apparaît le premier document iconographique imprimé en France à propos de ce pays. Il s’agit d’une gravure illustrant les festivités organisées à Rouen en 1550 en l’honneur d’Henri II et de sa cour, qui avaient assisté à une reconstitution mettant en scène cinquante indiens Tupinamba accompagnés par des marins normands. Cependant, on peut faire remonter la véritable origine de cet imaginaire aux premières décennies de la découverte du continent, notamment au moment où le franciscain André Thévet, embarqué aux côtés de Villegagnon, publie les Singularités de la France antarctique (1558), un texte qui connaîtra en France une grande répercussion.

Tout imaginaire social représente quelque chose de presque palpable et substantiel en constituant une forme ou une entité qui se développe de manière universelle, qu’il s’agisse de la formation de l’inconscient collectif ou d’un répertoire des images mentales, portraits, figures projectives, etc., fournis par les récits de voyages et différents types d’écrits. C’est là un phénomène qui relève davantage de la culture que de la civilisation, si l’on considère la civilisation comme une sorte d’« entité culturelle plus vaste » ou comme un concept qu’invoque tous les modèles de conquêtes matérielles auxquels parviennent des peuples ou des pays regroupés selon des origines, une histoire, une religion, des coutumes et des valeurs qu’ils partagent. Par son amplitude même, la civilisation s’avère plus hermétique et moins modifiable que la culture, envisagée comme une dynamique d’échanges, d’emprunts et de changements.

Toute culture est, ainsi, « anthropophage », en ceci qu’elle tend à absorber l’Autre au gré de ses envies. Au long des siècles, l’ouverture du Brésil aux étrangers a alimenté un imaginaire – diffusé par les récits de voyages, les textes des naturalistes et une très nombreuse iconographie – qui, à sa manière, a contribué aux échanges entre les civilisations. La mission artistique française au XIXe siècle et les missions françaises d’enseignement dans les universités brésiliennes au XXe siècle en sont des exemples révélateurs.

Ce portail numérique commun aux bibliothèques nationales de France et du Brésil réaffirme une tradition multiséculaire de rencontres et d’échanges d’objets et d’images culturelles entre ces deux civilisations qui ont toujours exercé l’une sur l’autre, au sens le plus large du terme, un pouvoir de séduction. La véritable nouveauté consiste en l’apport considérable des technologies de l’information, qui permettent la numérisation de vastes ressources documentaires – des cartes et des photographies, des textes imprimés et des dessins – qui reflètent l’histoire des relations entre la France et le Brésil depuis le XVIe siècle jusqu’au début du XXIe siècle.

Aujourd’hui, face au rôle considérable des technologies virtuelles, il conviendrait peut-être de remplacer le terme « imaginaire » par « imagerie » digitale. Ce qui importe réellement, c’est que quatre siècles de dialogues puissent être présentés de manière démocratique aux yeux du public franco-brésilien.

 

Texte publié en Novembre 2009. Traduit du portugais par Simon Berjeaut, 2018.
 

Légende de l'illustration : Costumes du Brésil. J.-B. Debret, 1820.