Historique de l'Institut Littéraire

Fondée en 1946 par un groupe d'émigrés politiques polonais issus de l'Armée polonaise de l'Ouest du général Anders, l'Institut Littéraire Kultura a d’abord été une maison d'édition avant de devenir aussi un centre intellectuel qui avait pour ambition de combattre le totalitarisme par l'écriture, la littérature, la production et la diffusion d’idées nouvelles afin de re-définir la Pologne du futur.

Créé et dirigé par Jerzy Giedroyc, assisté de Józef Czapski et de Zofia et Zygmunt Hertz, l’Institut développe une intense activité éditoriale durant les années 1946-2000. Son action s’articule autour de la rédaction du mensuel politico-culturel Kultura (637 numéros) et du trimestriel Zeszyty Historyczne (Cahiers d'Histoire) (171 numéros parus dans les années 1962-2010) et la publication d'auteurs polonais et étrangers, interdits dans leurs pays d’origine. Avant 1989 l’Institut organise également la diffusion clandestine de ses publications dans les pays du bloc communiste et parvient à y acheminer le matériel d’imprimerie qui servira à la publication des samizdats sur place. Il assure ainsi le soutien actif à l'opposition anti-communiste en Pologne et met en place de diverses actions d’aide aux mouvements de résistance au régime totalitaire. Ainsi les lecteurs de « l’Autre Europe » ont pu avoir accès à cette époque aux œuvres de Witold Gombrowicz, Czesław Miłosz, Gustaw Herling-Grudziński, Józef Czapski, Andrzej Bobkowski, Joseph Brodsky, Alexandre Soljénitsyne et bien d’autres.

Établi à Rome en 1946, l’Institut sera transféré un an plus tard à Maisons-Laffitte, dans la région parisienne. Au départ le groupe se heurte à une certaine méfiance qui évolue positivement et  Giedroyc notera dans son texte Ma France : « Mais petit à petit nous avons été acceptés par les habitants de Maisons-Laffitte, on s'est fondus dans le paysage de cette ville et on a commencé à être connus. Pour preuve: pendant la visite de Khrouchtchev à Paris, les émigrés ont été déportés en Corse, et nous, nous avons simplement été obligés de nous présenter deux fois par jour au commissariat de Police, et les policiers étaient très gênés par cette mesure. De même, durant tout notre séjour, le pouvoir qui pourtant changeait, nous manifestait de la bienveillance.
C'était surtout grâce à Joseph Czapski, grâce à son amitié avec Malraux, Halévy, Fabre-Luce, Mauriac etc. et surtout grâce à la bienveillance exceptionnelle de Gaulle que Czapski voyait souvent durant la longue "traversée du désert" du général. De Gaulle a déclaré qu'après son retour au pouvoir, il recevrait à tout moment le Général Anders, l'ambassadeur Morawski et Joseph Czapski. C'est grâce à cette protection que j'ai pu devenir directeur de maison d'édition et acheter une maison, choses à cette époque inaccessibles pour un étranger. […] C'est avec beaucoup de gratitude que je me souviens de tout cela après un séjour de 40 ans en France.»

Archives de l'Institut Littéraire

Inscrites en 2009 sur le Registre Mémoire du Monde de l'Unesco pour leur caractère exceptionnel et universel, ces Archives rassemblent 180 m2 de documents. Parmi les pièces les plus importantes se trouvent des manuscrits et autres écrits d’éminents écrivains polonais publiés par l’Institut. Leurs textes inédits paraissaient pratiquement dans chaque numéro de la revue Kultura.

Ces archives sont classées et ouvertes aujourd’hui aux chercheurs et étudiants du monde entier

Fonds numérisé

La partie numérisée des collections de l'Institut, disponible ici, est constituée de l’intégralité des numéros du mensuel Kultura et du trimestriel Zeszyty Historyczne. Hormis les textes littéraires, on y trouve de nombreux articles consacrés aux analyses politiques, aux problématiques sociales et économiques ainsi qu’à l'histoire de la Pologne et de l'Europe.