Le dominicain Jourdain de Séverac atteint le Malabar en 1321 et y passe une partie de sa vie. Il est suivi par d’audacieux négociants comme Pyrard de Laval qui atteint les Maldives puis le Malabar au tout début du XVIIe siècle. Sous Shāh Jahān, l’orfèvre Augustin de Bordeaux réalise le fameux trône du paon, avant de contribuer peut-être à la conception du Tāj Mahal. Sur la route des diamants de Golconde, suivent Jean Chardin et Jean-Baptiste Tavernier, qui effectue quatre séjours en Inde à partir de 1643. Les cours mogholes ne manquent pas de médecins français, le plus célèbre étant François Bernier, qui débarque à Surāt en 1659, visite le Cachemire et parcourt la péninsule. Mêlant fantastique et observations pertinentes, les récits de ces voyageurs donnent à l’Europe une idée des complexités indiennes.
 
Alors que les Portugais sont installés à Goa depuis 1510, que les Britanniques, les Hollandais les Danois ont fondé leurs compagnies respectivement entre 1600 et 1616, il faut attendre 1664 pour que Colbert crée la Compagnie française des Indes orientales, une entreprise d’État, financée à 16 % seulement par les milieux d’affaires, ce qui sera l’une des causes de son échec. Son principal succès est la fondation des premiers comptoirs, Pondichéry en 1674 et Chandernagor en 1688, qui ne sont pas conquis, mais cédés par des souverains désireux d’enrichir leurs États par le commerce. En échange, la France s’engage à respecter les us et coutumes des Indiens et à les juger selon leurs lois : la promesse sera tenue jusqu’en 1954, malgré quelques vicissitudes, notamment entre 1701 et 1715, quand les jésuites tentent à diverses reprises d’« abolir entièrement le paganisme » à Pondichéry. Leur échec, devant l’opposition de toute la population, indienne et française, à laquelle se joignent les capucins et les prêtres des Missions étrangères, inaugure de longues décennies d’harmonie religieuse et de paix sociale, favorables à l’enrichissement de tous.
 
Grâce à François Martin, son premier gouverneur, Pondichéry connaît un essor fulgurant que l’occupation hollandaise entre 1693 et 1699 ralentit à peine. La fabrication, la teinture et l’exportation des « indiennes », qui font fureur en France, et le « commerce d’Inde en Inde », qui s’étend de la mer Rouge aux Philippines, sont les piliers de la fortune de Pondichéry. Trois autres comptoirs sont fondés par la nouvelle Compagnie des Indes, qui est intégrée en 1719 au système de Law : Mahé, pour le poivre, Yanaon, pour ses toiles fines, et Karikal, grand port d’exportation des riz du delta de la Kāverī. Jusqu’à la guerre de Succession d’Autriche, l’essor du commerce et des comptoirs français est remarquable. Trois grands gouverneurs, Lenoir, Dumas et Dupleix, font de Pondichéry un Versailles oriental, qui, selon le courtier Ananda, surpasse Delhi et Agra.
 
Dupleix, qui a compris que la prospérité du commerce dépend de la maîtrise de l’arrière-pays, poursuit la politique d’ingérence dans les affaires indiennes initiée par Dumas. Après la prise de Madras par La Bourdonnais, en 1746, et la défense héroïque de Pondichéry en 1748, l’alliance avec les princes moghols et le talent de son meilleur officier, Bussy, lui permettent d’étendre l’influence de la France sur le Deccan. Cette Inde française ne dure pourtant qu’une dizaine d’années (1749-1758). Alliée à d’autres nababs, l’East India Company entretient un état de guerre permanent. La Compagnie, qui attend des dividendes, reproche à Dupleix d’investir dans des dépenses de souveraineté des fonds destinés au commerce. Il est rappelé en octobre 1754 et ses successeurs ne sont pas de sa trempe.
 
Conduite par l’incompétent et prétentieux Lally, la guerre de Sept Ans tourne vite au désastre. Après Chandernagor en 1757 et Karikal en 1760, Pondichéry tombe le 16 janvier 1761. Complètement rasée par les Anglais, la ville n’est plus que « cendres, pierres et poussières » quand Jean Law de Lauriston en reprend possession le 11 avril 1765. Partiellement reconstruite, dépourvue de fortifications dignes de ce nom, elle ne peut résister à un deuxième siège en 1778. Malgré quelques humiliations infligées à la Royal Navy par Suffren entre Ceylan et le Coromandel, Pondichéry reste aux mains des Anglais qui en restituent les ruines en 1785, avant d’en reprendre possession huit ans plus tard pour mettre un terme aux frasques révolutionnaires de ses habitants.
 
Jusqu’en 1810, les projets de reconquête se succèdent. On ne doute pas en France qu’un corps expéditionnaire recevra le soutien des rājā et des nababs anglophobes, dont plusieurs entretiennent des « partis » formés à l’européenne par des officiers français. Les plus puissants de ces aventuriers sont au service du sultan de Mysore Haidar Ali, puis de son fils Tipu. Dans le nord, René Madec et le colonel Gentil servent le nabab de l’Oudh. En réalité, la plupart de ces officiers sont soucieux de leur fortune davantage que de celle de la France. Quelques-uns, tels Gentil, Polier et Claude Martin, qui constituent un noyau français à Lucknow, tombent amoureux de l’Inde, vivent à l’indienne et perdent de vue leur lointaine patrie. Ils étudient l’Inde, son histoire, ses dynasties et ses dieux, constituent des recueils de textes et des collections d’œuvres d’art et commandent des miniatures aux meilleurs ateliers de leur temps. Outre Claude Martin, dont on dit qu’il était l’homme le plus riche des Indes, le plus brillant de ces « aventuriers » épris de lettres, d’art et de sciences, est Benoît de Boigne qui, au service du Marathe Sindhia, et secondé par le général Perron, réalise entre 1784 et 1795, une œuvre remarquable de mise en valeur dans le Doāb, entre Gange et Yamunā. Les ouvrages et les collections de ces aventuriers mécènes sont aujourd’hui éparpillées dans les musées de France et d’Europe et à la Bnf.