Issu d’une modeste famille de paysans de Mazovie, Boleslas Biegas, de son vrai nom Biegalski, fut un peintre, sculpteur et dramaturge de grand talent. Grâce au soutien de généreux mécènes, il put s’installer à Paris, où il exerça son art jusqu’à la fin de sa vie. De son vivant, ses sculptures, d’une originalité incontestable, jouissaient d’une grande popularité.
Vie et formation
Né en Pologne, le 29 mars 1877, dans le petit village de Koziczyn en Mazovie, à 80 kilomètres de Varsovie, Boleslas Biegas perdit ses parents très tôt. Dès son enfance il fut contraint à travailler en gardant les troupeaux. Durant de longues heures passées avec les bêtes, il se mit à sculpter ses bâtons de berger avec une ingéniosité qui attira l’attention du curé du village, l’abbé Alexandre Rzewnicki, ainsi que de notables : le comte Adam Krasiński, le docteur Franciszek Rajkowski et le philosophe Alexandre Świętochowski. Sensibles à son talent précoce, ces derniers organisèrent une souscription publique auprès de l’intelligentsia varsovienne, lui ouvrant ainsi les portes de l’École des Beaux-Arts de Cracovie.
À Cracovie, il perfectionna son art d’abord dans l’atelier d’Alfred Daun (1854-1922), puis auprès de Konstanty Laszczka (1865-1956). Cependant, en 1901, ses audaces formelles lui valurent d’être exclu de l’atelier de sculpture. Pourtant, en reconnaissance de son talent, il devint membre de la Sécession viennoise et s’installa à Paris à la fin de cette même année où il résidera jusqu'à la fin de sa vie.
Mécènes généreux
À Paris l’artiste rencontra Jadwiga et Henryk Trutschel, qui deviendront ses mécènes bienveillants. Leur soutien lui permit de se consacrer entièrement à son art. Dès 1902, il exposa au Salon des Indépendants, avant d’être admis dans d’autres prestigieux salons parisiens, notamment le Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts (dès 1902) et le Salon d’Automne (dès 1910). Son œuvre fut également présentée en Pologne, au Salon Krywult de Varsovie (dès 1900), à la Galerie Zachęta de Varsovie (dès 1901) et à Cracovie (dès 1902).
Biegas se lia d’amitié avec nombre de personnalités du milieu artistique dont la peintre Olga Boznańska, le poète belge Émile Verhaeren ou encore le critique d’art Alfred Basler. Son talent et son originalité suscitèrent même l’intérêt de Guillaume Apollinaire, qui l’évoqua dans ses écrits.
Après la seconde guerre mondiale il tombe dans l’oubli et décède le 30 septembre 1954. Aujourd’hui, il repose au cimetière des Champeaux de Montmorency, laissant derrière lui un héritage artistique singulier et visionnaire.
Œuvre originale et visionnaire
Dès 1902, Boleslas Biegas conquiert les cercles symbolistes parisiens. Aux côtés de Rodin et Constantin Meunier, il fait partie de rares sculpteurs, à faire l’objet d’un numéro spécial de la revue La Plume. Son approche sculpturale, marquée par le géométrisme et le primitivisme, préfigure déjà la réaction contre Rodin et les transformations formelles qui émergeront avec le cubisme. Pourtant, Biegas restera toujours fidèle au Symbolisme. Son parcours artistique, singulier et à contre-courant, s’achèvera avec ses sculptures des années 1920, imprégnées du retour à l’ordre qui marque cette période. À partir de 1905, il se consacre également à la peinture. Ses œuvres, exposées au Salon des Indépendants en 1906, suscitent l’admiration de Guillaume Apollinaire, qui les qualifie de « peintures les plus profondes » de l’exposition. Proche des poètes, notamment André Fontainas, Émile Verhaeren et Gustave Kahn, Biegas accorde à la littérature une place essentielle dans son œuvre. Il rédige ainsi plusieurs dizaines de pièces de théâtre, nourries par son aspiration à une œuvre d’art totale, dans l’esprit du Gesamtkunstwerk cher aux artistes sécessionnistes d’Europe centrale.
En 1918, il fonde le Sphérisme, un mouvement qui lui vaudra la « sympathie futuriste » de Marinetti. Pourtant, ses peintures des années 1920, issues du cycle La Mystique de l’Infini, témoignent davantage de son admiration pour L’Île des Morts de Böcklin. Gustave Kahn décrira ainsi Biegas comme « un très beau poète méditatif, un grand isolé », définissant avec justesse sa place singulière dans la scène artistique du début du XXe siècle.
Musée Biegas à la Bibliothèque Polonaise de Paris
Vers la fin de sa vie, Boleslas Biegas adhère à la Société Historique et Littéraire Polonaise, qui deviendra son légataire universel avec la mission de promouvoir son œuvre. Depuis 1974, un musée dédié à l’artiste est installé à la Bibliothèque Polonaise de Paris sur l’Ile Saint-Louis. Par ailleurs, ses créations figurent aujourd’hui dans de nombreux musées et collections privées en Europe, en Amérique et au Japon.