Les sources historiques, qui permettent d'attester le statut de ces langues en Chine, nous viennent de Paul Pelliot qui découvrit dans la grotte n°13 de Mogao (grotte n°17 d'après la numérotation de l'institut de Dunhuang) des milliers de volume en langue chinoise, tangoute, ouïgoure, tokharienne, khotanaise, sogdienne ou encore tibétaine.

Le royaume de Khotan

La légende raconte que la ville de Khotan aurait été sauvée lors d’une guerre par des divinités rats montés à cheval et qui libérèrent les habitants du joug ennemi.

Le Khotan est beaucoup évoqué dans les annales historiques chinoises, on parle même d’oasis du Khotan. C’est de là que vint le moine traducteur Śikṣānanda. Il traduisit de nombreux sūtras du sanskrit vers le chinois, notamment la version en quatre-vingt volumes de l’Avataṃsakasūtra (le soutra de l’ornementation fleurie) en 699.

La langue écrite khotanaise fait partie de la famille des langues iraniennes orientales et elle se retrouve essentiellement maintenant dans les traductions bouddhiques. Le fonds Pelliot khotanais de la Bibliothèque nationale de France date de la mission au Turkestan oriental entre 1906 et 1908 lorsque Pelliot découvrit la grotte 181. 

Le royaume Ouïghour

À l’origine, les ancêtres des Ouïghours étaient nomades en Mongolie. Ce n’est qu’à partir de 657 après notre ère qu’ils se firent connaître en s’alliant aux Chinois pour combattre les Tujue 突厥. À Dunhuang, Pelliot découvrit des textes manichéens en langue ouïgoure.

Vers la fin du VIIe siècle, les Ouïghours adoptèrent en masse la religion du manichéisme, chassée d’Iran et présente alors en Chine.

Au IXe siècle ils assimilèrent les Tokhariens lors de l’invasion du territoire de Koucha.

Le royaume de Xi Xia (1038-1227)

Les grandes puissances qui régnèrent sur la Chine entre le 10e et le 13e siècle après notre ère étaient les Tang 唐 (618-907), les Song du Nord 北宋 (960-1127) et les Song du Sud 南宋 (1127-1279), les Liao 遼 ou Khitan(907-1125), les Jin 金 ou Jürchen (1115-1234), les Xi Xia 西夏 ou Tangoutes (1038-1227), ainsi que les tribus Mongoles réunies sous la bannière de Gengis Khan (1155-1227). Le royaume Tangoute s’étendait du Ningxia au Gansu, par le nord du Shaanxi, l’ouest de la Mongolie Intérieure et l’est du Xinjiang.

En France, les documents Tangoutes furent rapportés par Paul Pelliot (1878-1945), lors de son expédition au Turkestan oriental entre 1906 et 1908, et plus particulièrement lors de son séjour dans les Grottes de Mogao, dans la région de Dunhuang, de la Province du Gansu.

La grande majorité de cette collection fut confiée à la Bibliothèque Nationale de France, ainsi qu'un exemplaire à l'Institut des Hautes Études Chinoises du Collège de France, et les artefacts bouddhiques conservés au Musée Guimet. La religion d’état était une forme syncrétique du bouddhisme chinois et tibétain.

En Angleterre, des manuscrits bouddhiques et imprimés furent ramenés de l'expédition dirigée par Sir Aurel Stein (1862-1943) dans le Nord-ouest de la Chine pendant la même période que Paul Pelliot.

En Russie, la mission du lieutenant-colonel Piotr Kouzmitch Kozlov (1863-1935) fut organisée en 1907 par la Société Impériale Russe de géographie. Il fut couvert de gloire à la suite de la découverte de Khara-Khoto ou Cité Noire, vestige d'une cité des Xi Xia dans la bannière d'Edzina au sud de la Mongolie Intérieure, où environ huit mille manuscrits en écriture Tangoute furent excavés. Parmi la collection, nombre de ces imprimés sont de nature bouddhique et l'autre grande majorité de textes concerne les textes dits séculiers (textes médicaux, contrats commerciaux, documents épistolaires, etc.).

L’écriture tangoute appartient à la grande famille des langues tibéto-birmanes. Il existe plus de six mille caractères, dont la morphologie est proche de celle des caractères chinois, mais dont la structure graphique et phonétique fait du tangoute l’un des systèmes d’écriture les plus complexes au monde.

Le royaume de Sogdiane

Au royaume sogdien sont attribuées le manichéisme, le zoroastrisme ou encore le nestorianisme. Ces religions provenant à l’origine des pays frontaliers de l’empire chinois, arrivèrent en Chine grâce à la route de la soie. Les caravanes des marchands Sogdiens des villes du royaume comme Samarkand et Boukhara (des actuels Ouzbékistan et Tadjikistan) empruntèrent la route de la soie et leurs affaires commerciales prospérèrent pendant longtemps. En se rendant en Chine, ils participèrent volontairement ou non à la propagation du manichéisme. C’était une religion syncrétique fondée par le Perse Mani avec pour principes le bien et le mal, traduit le plus souvent en chinois par Er zong jing 二宗經 (littéralement Sūtra des deux principes), éventuellement à partir du Shāpuragān (littéralement Le livre de Shāpur, roi de l’empire Perse des Sassanides).

En France, le manichéisme se fit connaître par Paul Pelliot, dans Des influences iraniennes en Asie centrale et en Extrême-Orient, leçon inaugurale au Collège de France en 1911, puis en collaboration avec Édouard Chavannes dans « Un traité manichéen retrouvé en Chine », traduit, annoté et publié au Journal Asiatique en 1911.

L’écriture est une évolution de l’alphabet syriaque et fait partie de la famille des langues iraniennes orientales, comme le khotanais. Les documents en sogdien conservés à la Bibliothèque nationale de France font partie du fonds Pelliot.

Le royaume de Koutcha

Le nom de l’empire provient de la cité de Koucha et il fut fondé par les Tokhariens. Son territoire s’étendait près du bassin du Tarim (dans l’actuelle région autonome des Ouïghours du Xinjiang, ancien Turkestan oriental) et constituait une étape indispensable de la route de la soie.

L’un des sites les plus prestigieux de cette région où furent découvertes les ruines bouddhiques de ce royaume est les grottes de Kizil. Les principales expéditions à l’origine de ces découvertes furent menées par les Allemands Albert Grünwedel (1856-1935) et Albert von Le Coq (1860-1930) en 1905.

Même si dans le fonds Pelliot de Dunhuang on trouve des cotes référencées Pelliot koutchéen et Pelliot tokharien, il faut savoir que le koutchéen n’est autre que l’un des deux systèmes d’écriture du tokharien. Le professeur Georges-Jean Pinault, spécialiste de ces langues a révélé qu’il existait le tokharien A (ou agnéen) et le tokharien B (ou koutchéen). Les textes du fonds Pelliot dans la langue des Tokhariens sont principalement en koutchéen, puisqu’il s’agissait d’une langue beaucoup plus vivante que l’agnéen.

L’empire tibétain

La mythologie mentionne la dynastie des rois de Yarlung qui serait à l’origine du peuple tibétain. Le règne du roi Songtsen Gampo (618-650) marque officiellement l’histoire de l’empire tibétain. L’écriture tibétaine fut créée au VIIe siècle après notre ère par l’un des ministres de Songtsen Gampo, Thonmi Sambhota, à partir de l’alphasyllabaire indien brahmi. Elle fait donc partie de la famille des langues brahmiques.

La religion du Tibet est le bouddhisme, qui regroupe la synthèse des deux Véhicules, le Mahāyāna et l’Hīnayāna, auquel vient s’ajouter le tantrisme Vajrayāna. Avant que le bouddhisme ne devienne la religion d’état (au VIIe siècle), la religion tibétaine pré-bouddhique était le Bön, apparue vers 250 avant notre ère et qui se manifestait par des croyances proches du chamanisme (divinités de la grande Nature).    

La tibétologue française du début du XXe siècle, Marcelle Lalou (1890-1967), entreprit de cataloguer le fonds Pelliot tibétain dans les années trente. Le répertoire fut publié en 1939 sous le nom d’Inventaire des manuscrits tibétains de Touen-houang.

L’empire mongol (1206-1279)

Il est fondé au XIIIe siècle par Gengis Khan (1162-1227), de son nom mongol Temüdjin. Il fut proclamé khan en 1190 puis khagan en 1206, après avoir soumis tous les forces du territoire mongol.

Le terme khan provient du terme khagan qui est équivalent du terme empereur chez les Chinois. Un khagan est un khan des khans, le roi des rois en quelque sorte. Gengis Khan était donc le roi d'un khanat (entité politique placée sous l'autorité d'un khan).

À sa mort, l'empire fut divisé en quatre khanats ou ulus. Il mourut le 18 août 1227 lors de la prise de la capitale des Tangoutes à Xingqing fu.

L’écriture s’appelait le mongol biçig (prononcer bitchig) ou en chinois Huihu shi menggu wen 回鶻式蒙古文, c’est-à-dire le « mongol à la façon des Ouïghours », parce qu’en effet, l’écriture mongole s’apparenterait à l’alphabet ouïghour.