Le troisième partage de la Pologne et naissance de l’armée polonaise en exil

En 1795, le troisième partage de la Pologne entre la Russie, la Prusse et l’Autriche, marque la disparition de l’Etat polonais pendant 123 ans. Cette année-là, le dernier roi de Pologne Stanislas II Auguste Poniatowski abdique. L’Europe reste silencieuse.
En novembre 1795, des officiers et soldats Polonais volontaires  exilés proposent à la France de se constituer en légions polonaises et d’intégrer l’armée française. Le Directoire accepte et décidera plus tard de les former et de les incorporer à l’armée d’Italie sous le commandement du général Bonaparte.

La Mazurka de Dąbrowski – hymne national polonais

Le texte de l’hymne est l’œuvre du patriote et poète émigré polonais Józef Wybicki lors de son séjour à Reggio en Italie où Il réside à l’invitation du général Jan Henryk Dąbrowski, un des commandants des légions polonaises. Comme tous ses compatriotes, Józef Wybicki  espèret combattre un jour sous les ordres de Napoléon pour libérer la Pologne. On comprend donc pourquoi cette « Marseillaise polonaise »  évoque l’empereur des Français :
« Bonaparte nous donna l’exemple / Comment nous devons remporter des victoires» « Dał nam przykład Bonaparte jak zwyciężać mamy ».
Cette Mazurka dite de Dąbrowski est l’hymne national polonais depuis 1927.

La bataille de Somosierra (30 novembre 1808)

A l’automne 1808, Napoléon lance la campagne d’Espagne avec l’objectif de soumettre le pays et de mettre sur le trône d’Espagne son frère Joseph. Sur la route de Madrid, la charge décisive des chevau-légers polonais de Jan Hipolit Kozietulski emporte la victoire au défilé de Somosierra, une gorge étroite dans les montagnes de Guadarrama défendue par des batteries espagnoles meurtrières. La moitié de l’escadron polonais est décimé et Kozietulski blessé. Cette bataille considérée comme impossible à gagner par les généraux français devient pour plusieurs générations de Polonais une légende et le symbole du courage et de la bravoure des soldats polonais.

Le Duché de Varsovie

Les Polonais ont longtemps espéré la restauration de la souveraineté de la Pologne par Napoléon. La victoire de Friedland contraint le Tsar Alexandre Ier à signer avec l’Empereur le 7 juillet 1807 le traité de Tilsit, qui instaure une nouvelle répartition des zones d’influence en Europe centrale. Constitué à partir de terres polonaises annexées par la Prusse, le Duché de Varsovie cessera d’exister avec la chute de Napoléon et le congrès de Vienne en 1815.

La constitution du Duché de Varsovie et le code Napoléon

En 1807 Napoléon donne au Duché de Varsovie une constitution inspirée des institutions de l’Empire français. Cette constitution garantit l’égalité de tous les citoyens devant la loi, abolit les privilèges de la noblesse ainsi que le servage. Par ailleurs en 1808, le code civil français ou Code Napoléon est introduit au Duché de Varsovie. Pour Napoléon, ce code, fondé sur le droit romain, l’ancien droit français et les dispositions juridiques au temps de la Révolution, est un outil unificateur pour les nations de l’Europe.

Les Polonais dans la Grande Armée

Les soldats polonais suivront Napoléon tout au long de sa carrière, jusqu’à la période dite des Cent-Jours et lui seront entièrement dévoués. La campagne de Russie en 1812  et la promesse de l’Empereur de reconstituer le Royaume de Pologne suscite une grande espérance chez les Polonais.
Les légions polonaises constituent la force étrangère la plus importante de la Grande Armée avec 100 000 soldats dont 37 000 sous le commandement du prince Jozef Poniatowski. La retraite de Moscou entraînera la mort de 70% des effectifs polonais.

Le prince Jozef Poniatowski, maréchal de France

Le prince Jozef Poniatowski (1763-1813), neveu du dernier roi de Pologne Stanislas Auguste Poniatowski est l’unique maréchal « étranger »  de Napoléon. Soldat courageux, chef d’armée talentueux, homme charmant, il est considéré comme un héros national par les Polonais.
Militaire de formation et d’esprit, il débute sa brillante carrière en Pologne pendant les dernières années du règne de son oncle. Plus tard, comme nombre de ses compatriotes, il sert fidèlement Napoléon qui le nomme commandant en chef de l’armée polonaise pendant la guerre contre l’Autriche en 1809 puis contre la Russie en 1812. Napoléon élève le prince Poniatowski au rang de maréchal de France le 15 octobre 1813, à la veille de la bataille de Leipzig, au cours de laquelle il périt dans des circonstances héroïques.

Les noms polonais sur l’Arc de triomphe de l’Étoile  à Paris

Parmi les noms affichés sur l’Arc de triomphe de Paris figurent les noms de six Polonais de l’État- major de la Grande Armée : Józef Sułkowski, Józef Poniatowski, Karol Kniaziewicz, Józef Klopisky (Chłopicki), Józef Zayontcheck (Zajączek) et Jan Henryk Dąbrowski. On y trouve également les noms des batailles napoléoniennes qui ont eu lieu sur la terre polonaise : Pultusk (1806), Gdańsk (1807), Ostrołęka (1807)

Marie Walewska « l’épouse » polonaise de Napoléon

La légende veut que cette ravissante femme, épouse du comte Walewski, soit devenue la maîtresse de l’Empereur par patriotisme, afin d’attacher Napoléon à la cause polonaise. Mais c’est une authentique passion amoureuse qui va la lier à l’Empereur, à qui elle donne un fils, Alexandre. Cette grossesse est la preuve que Napoléon peut avoir un héritier légitime et ce constat pèse dans sa décision de divorcer de Joséphine afin d’épouser Marie-Louise d’Autriche. Marie Walewska rend visite à Napoléon pendant son exil à l’Ile d’Elbe. Veuve en 1814, elle épouse en 1816 le comte Philippe Antoine d’Ornano. Elle meurt en 1817.

La légende napoléonienne en Pologne

Les Polonais ont accompagné Napoléon tout au long de sa destinée et le souvenir de l’Empereur restera très vivant en Pologne tout au long du 19ème siècle et jusqu’à nos jours. La légende napoléonienne a inspiré  la littérature et l’art polonais. L’on peut citer à ce titre l’épopée nationale Messire Thadée d’Adam Mickiewicz, le grand roman historique Les Cendres de Stefan Żeromski, ainsi que de nombreux tableaux dont ceux des peintres January Suchodolski et Piotr Michałowski.

 

Légende de l'image : L'Ombre De Napoléon Visitant Les Héros De La Pologne