La plus belle des dames de compagnie

Issue de la moyenne noblesse du Nivernais, Marie Casimire  est la fille d’Henri Albert de La Grange d'Arquien, et de Françoise de La Châtre. Dès son plus jeune âge, elle séjourne  à la cour  de Louise-Marie de Gonzague Nevers devenue reine de Pologne  et  qu’elle accompagne dans ce pays en 1646. Envoyée en France pour  poursuivre son éducation dans une école religieuse, elle  revient à la cour  de sa protectrice où elle  se  distingue par sa beauté et est indiscutablement la préférée parmi les dames de compagnie de la reine. Cette dernière,  dans le souci d’assurer un brillant avenir à sa   protégée, la pousse à épouser, en 1658, un grand seigneur riche et influent Jan Sobiepan Zamoyski.

Astrée et Céladon – Marie Casimire et Jean

Bien avant son mariage avec Zamoyski, Marie Casimire rencontre Jean Sobieski qui est alors commandant en chef des armées polonaises. Au fil du temps cette relation évolue et se transforme en une véritable vraie passion amoureuse.
Les deux amoureux inventent un code secret, inspiré de l’Astrée d’Honoré d’Urfé.  Sobieski se cache sous les traits d’un berger sentimental, Celadon, Marie Casimire sous ceux d’Astrée et tous deux désignent  leurs contemporains sous des pseudonymes de la même veine. Après la mort de Zamoyski en 1665, Marie Casimire épouse Jean Sobieski et ils continueront d’utiliser ce code secret dans leur correspondance ainsi que dans le cadre de la résidence royale de Wilanow située à la périphérie de Varsovie.

La correspondance de la reine

Marraine et protectrice de Marie Casimire, la reine Louise-Marie, l’initie aux intrigues de la cour  et lui  enseigne  l’art épistolaire, très en vogue à l’époque. Marie-Casimire parle couramment polonais, mais tient une correspondance en français. Bien que truffée de fautes d’orthographe, de tournures et de phrases polonaises transcrites phonétiquement, sa valeur reste indéniable. Un talent manifeste émane de ses lettres pleines de verve et de remarques pertinentes.
Sa correspondance avec Jean Sobieski  a été en grande partie préservée, dont une soixantaine de lettres de Marie Casimire antérieures à leur mariage, et deux de l’époque de la campagne de Vienne contre l’Empire ottoman. Ces missives constituent une source précieuse d’informations sur les relations au sein de ce couple, mélange de jalousie et de passion,  ainsi que sur l’esprit du temps.

Jean III Sobieski – le Lion de Lechistan

Le roi Jean III Sobieski, époux bien aimé de Marie Casimire, est l’un des plus grands chefs militaires de l’Europe des temps modernes. Il s’est inscrit dans l’histoire grâce à sa grande victoire contre l’armée ottomane, alors  sous le commandement du Grand Vizir Kara Mustafa, le 12 septembre 1683 à Vienne, à la tête des armées polonaise, autrichienne et allemande. Impressionnés par ses talents militaires les Turcs vaincus l’ont surnommé « Le Lion de Lechistan »  (Le Lion de Pologne).

"Marysieńka”, la famille et la politique

A l’image de Louise-Marie de Gonzague, Marie Casimire fait  preuve d’ambitions politiques, et œuvre  au rapprochement entre la France de Louis XIV et la Pologne. Elle désire installer Jakub, son fils aîné,  sur le trône de Pologne et marie tous ses enfants et petits-enfants à d’excellents partis. Elle veille aussi sur les intérêts de la branche française de sa famille à travers la venue en Pologne de ses sœurs et de son père et l’obtention auprès de  Louis XIV de privilèges pour l’ensemble de ses proches. Après le décès de son époux en 1696, elle quitte la Pologne pour Rome où elle mène une vie mondaine consacrée aux arts et tout particulièrement au théâtre.  En 1714, elle revient en France et s’installe à Blois où elle meurt en 1716 à l’âge de 75 ans. Sa dépouille est transférée en Pologne, et déposée auprès de celle de Jean Sobieski, à la cathédrale de Wawel à Cracovie.   

Légende de l'image : Marie Casimire Louise de La Grange d'Arquien par R. Bonnart