La monarchie élective, un régime politique original

Après la mort du dernier roi de la dynastie des Jagellons, Sigismond II Auguste (1520-1572), la Diète établit en 1573 le principe de la monarchie élective qui perdurera jusqu’à 1791 et constitue le pivot du système politique de la République nobiliaire de Pologne. Les rois polonais sont dès lors élus par l’ensemble des membres de la noblesse (szlachta) par acclamation. Les princes étrangers peuvent aussi candidater à l’élection. La succession héréditaire dynastique n’étant plus respectée, cette élection s’accompagne d’un contrôle rigoureux du pouvoir royal par la Diète

Pourquoi la France s’intéresse-t-elle au trône de Pologne ?

La France s’intéresse à la couronne de Pologne dès la fin du règne de Sigismond II August (1520-1572), mais les premières démarches diplomatiques se soldent par un échec. La diplomatie française redouble alors d’efforts pour soutenir la candidature française lors de la première élection. Charles IX soutient l’élection de son frère Henri, duc d’Anjou, pour à la fois affaiblir les Habsbourg sur la scène européenne, accéder au commerce en mer Baltique et se débarrasser d’un rival dans l’accession au trône de France.

Election d’Henri de Valois au trône de Pologne

La candidature d’Henri de Valois est source de controverses en Pologne en raison de sa participation à la Nuit de la Saint-Barthélemy. Les Polonais craignent qu’une fois sur le trône ce souverain ne respecte pas les droits des protestants violant ainsi le principe de tolérance religieuse en vigueur en Pologne.

Finalement le 11 mai 1573 Henri de Valois est élu sous le nom d’Henryk Walezy, roi de Pologne et grand-duc de Lituanie. Les cérémonies de couronnement ont lieu le 21 février 1574 à la cathédrale du château de Wawel à Cracovie, alors capitale de la Pologne.

L’arrivée d’Henri de Valois en Pologne : rencontre de deux cultures

Le cortège royal, courtisans et dames de la cour, transportant meubles et objets précieux, arrive à destination fin janvier 1574. Les mœurs libres du roi ainsi que son style vestimentaire, ses bijoux et le port de perles aux oreilles paraissent extravagants et étranges aux yeux des Polonais. Le nouveau roi, de son côté, s’étonne des mœurs polonaises, et est terrifié par le climat rigoureux de son nouveau royaume dont, par ailleurs, il ne connait pas la langue.  Entouré d’un cercle restreint des courtisans français, il repousse aussi le mariage avec Anna Jagiellonka, son aînée de 28 ans, la sœur du dernier Jagellon.

La fuite en France

Le 14 juin 1574, Henri de Valois apprend  le décès de son frère, Charles IX roi de France. Il quitte sous un déguisement le château de Wawel dans la nuit du 18 au 19 juin et  réussit à franchir la frontière. Les Polonais lancés à sa poursuite l’arrêtent puis le relâchent en échange de la promesse d’un prompt retour. Henri de Valois ne tient pas parole. Il est couronné roi de France le 13 février 1575 sous le nom Henri III mais ne renoncera cependant jamais  officiellement à son titre de Roi de Pologne et se considèrera comme son souverain de droit jusqu’à sa mort en 1589. La Diète élira Maximilien d’Autriche roi de Pologne par le 12 décembre 1575.

La mémoire d’Henri de Valois dans la culture polonaise

Le bref passage d’Henri de Valois sur le trône de Pologne et notamment les circonstances extraordinaires de sa fuite restent présentes dans la mémoire polonaise. De nombreuses œuvres littéraires et artistiques polonaises se sont faites  l’écho de ces événements  telle l’Ode I, Au roi Henri de Valois séjournant en France (Oda I. Do króla Henryka Walezego bawiącego we Francji) du poète Jan Kochanowski ou encore le tableau La fuite de Henri de Valois de Pologne du peintre Artur Grottger  (Ucieczka Henryka Walezego z Polski, 1860, Musée National de Varsovie).

L’Ordre du Saint-Esprit

Henri III crée l’« ordre et milice du benoît Saint-Esprit » le 31 décembre 1578 et choisit le nom de Saint-Esprit, en référence à sa propre naissance, à son accession au trône de Pologne et plus tard à celui de France. Tous ces événements ont eu lieu le jour de la Pentecôte.Pendant les deux siècles et demi de son existence, cet ordre de chevalerie demeurera le plus prestigieux de la monarchie française. Les souverains Jean III Sobieski (1676) et Stanislas Leszczyński (1725) compteront parmi ses chevaliers.

Les premières histoires de Pologne publiées en France

L’élection d’Henri de Valois au trône de Pologne est un moment important dans les relations entre les deux royaumes. Jusqu’à cette époque les liens religieux, militaires et diplomatiques sont  ténus. Avant 1573, la Pologne est très peu connue en France, il n’existe d’ailleurs aucun livre en français consacré à son histoire. Avec l’élection d’Henri de Valois, paraissent en France plusieurs descriptions de la Pologne suscitant un intérêt croissant pour ce pays considéré jusqu’alors comme lointain et exotique.

Luthiste de roi

En accédant au trône de Pologne Henri de Valois fait venir un certain nombre de ses compatriotes. De même, à son retour en France il est accompagné par des Polonais qui l’ont servi à la cour de Cracovie. Parmi eux figure Jakub Polak (Jacques le Polonois, Jakub Reys, c. 1545 - c. 1605), compositeur, luthiste et valet ordinaire du roi jusqu’à sa mort, et auteur de préludes, fantaisies, danses et chansons.  

 

Légende de l'image : Henri de Valois, duc d'Anjou, partant pour la Pologne