Bien que la redécouverte de Palmyre à la fin du xviie siècle soit due à des marchands anglais venus d’Alep en 1678, et que la première publication « à succès » ait été celle des « antiquaires-voyageurs » anglais R. Wood et J. Dawkins (avec le dessinateur italien G. B. Borra) en 1751, deux Français au moins, les sieurs Giraud et Sautet avaient visité la ville dès 1705, suivis en 1736 par Claude Granger. On ne connaît aucun récit d’eux, mais Giraud avait réalisé un beau panoramique des ruines, perdu aujourd’hui, mais dont une copie par le graveur P. J. Mariette est conservée à la bibliothèque de l’Institut. Cette vue vaut largement celle que le Hollandais G. Hofstede van Essen avait donnée dès 1691. En 1785, un autre Français, L.-Fr. Cassas (1756-1827), dessinateur talentueux, passa plusieurs semaines à Palmyre et y réalisa des centaines de dessins et aquarelles où son imagination l’a parfois conduit à enjoliver quelque peu la réalité. Les Français eurent également une part notable dans la recherche scientifique qui fait alors ses premiers pas. En 1754, en même temps que le pasteur anglais J. Swinton, l’abbé J.-J. Barthélemy (1716-1795) parvint à déchiffrer la langue palmyrénienne, montrant qu’il s’agissait d’un dialecte araméen. Les nombreux textes en grec et en palmyrénien du site devenaient désormais exploitables pour en écrire l’histoire. En 1758, J. Jouve (1701-1758), jésuite lyonnais, donnait la première histoire de Zénobie débarrassée des légendes inlassablement répétées sur la base du récit romanesque de l’Histoire Auguste, utilisant pour cela inscriptions et monnaies nouvellement découvertes.

Malgré cela, l’étude scientifique de Palmyre ne prit son essor que dans la seconde moitié du xixe siècle. C’est en effet à partir des années 1860, que les savants remplacèrent les aventuriers et commencèrent à venir à Palmyre pour y travailler. Il n’était pas question de fouilles, mais de quelques dégagements opportunistes, au gré des découvertes. Il y avait déjà quelques années que l’on s’intéressait aux portraits funéraires provenant des tombes, délaissant alors les momies qui avaient seules attiré l’attention jusqu’alors, et qui vinrent peupler les collections privées et les musées. En 1891, fut mise au jour la grande inscription bilingue dite du « Tarif de Palmyre », qui établissait les règles de l’octroi municipal. Donné en cadeau au prince russe A. Lazarev par le sultan Abdulhamid II, le bloc, coupé en quatre tronçons, fut expédié à Saint-Pétersbourg en 1901. Les savants allemands (O. Puchstein, M. Sobernheim, Th. Wiegand) et quelques Français tinrent une place de choix dans les découvertes et la publication des inscriptions de la ville, en araméen ou en grec : W. H. Waddington en 1861 pour l’épigraphie grecque, R. Savignac et ses collègues de l’École Biblique de Jérusalem en 1914, tandis que J.-B. Chabot (1860-1946), sans être jamais allé à Palmyre, s’affirmait comme le maître de l’épigraphie palmyrénienne.

Curieusement, la multiplication des copies d’inscriptions et les relevés archéologiques sommaires ne firent guère progresser la connaissance de l’histoire de Palmyre. Certes, l’intérêt du site ne faisait de doute pour personne, mais, si les traits empruntés à l’art gréco-romain de la Méditerranée n’étaient pas niés, on préférait insister sur l’importance des traditions indigènes et estimer « superficielle » la culture gréco-romaine. Cette analyse était d’ailleurs renforcée par le fait que personne ne s’interrogeait réellement sur le statut de la ville, perçue comme une sorte de royaume-client tampon entre Rome et la Mésopotamie des Parthes puis des Perses. Personne ne doutait que Zénobie ne soit « reine de Palmyre », alors qu’aucun texte antique ne lui donne ce titre et que les monnaies la désignent sans aucun doute possible comme impératrice de Rome (ce que confirme l’Histoire Auguste en plaçant sa biographie, aussi fantaisiste soit-elle, parmi celles des empereurs romains).

Avec l’installation du Mandat français sur la Syrie et la mise en place d’un Service des Antiquités dès 1920, la recherche archéologique changea d’échelle et Palmyre en fut l’une des principales bénéficiaires. Aux relevés hâtifs et souvent sans lendemain succéda la mise en place de vrais programmes de travail sur les principaux bâtiments de la ville. C’est ainsi que l’on procéda au désensablement de la grande colonnade et au remontage du grand arc situé entre les secteurs A et B de la grande colonnade. Les remparts (tardifs) de la ville furent étudié en détail par A. Gabriel, et le Service des Antiquités, sous l’égide d’Henri Seyrig secondé par Robert Amy, entreprit en 1929 de débarrasser le Temple de Bel et son enceinte des habitations qui l’encombraient. Une monumentale publication de ces travaux, auxquels avait été associé Ernest Will après la guerre, parut entre 1975 et 1982. Parallèlement, on explora les nécropoles, d’où furent extraits quantité de bustes et d’inscriptions. Le nombre de ces dernières était tel que J. Cantineau lança un Inventaire des inscriptions de Palmyre dont il publia, seul, neuf fascicules entre 1930 et 1933. L’abbé J. Starcky, affecté comme curé à Palmyre (où stationnait une garnison française), poursuivit le travail de Cantineau à la fin des années 30.

La puissance mandataire joua un rôle essentiel, mais des chantiers furent aussi confiés à des missions étrangères, à Palmyre comme ailleurs en Syrie. Le Danois H. Ingholt conduisit dans les années 1920 trois missions de fouilles à Palmyre, explorant plus de 50 tombeaux avec M. Dunand en 1924, avec A. Gabriel en 1925, et avec un architecte danois en 1929, puis fouilla au milieu des années 1930 la tombe de Malku fils de Malku dans la nécropole sud-ouest. Il contribua grandement à enrichir la Ny Carlsberg Glyptotek de Copenhague, lui faisant attribuer notamment la « Beauté de Palmyre », buste de femme trouvé dans le tombeau dit Qasr al-Abyad, dans la vallée des tombeaux. Le même savant fut associé également à la publication des tessères de Palmyre qui n’aboutit qu’au milieu des années 50.

Les travaux archéologiques s’accompagnèrent d’une réévaluation de l’importance historique de Palmyre, même si en ce domaine les progrès furent lents, peut-être parce qu’en dehors de rares savants qui avaient, tel H. Seyrig, une connaissance globale du monde gréco-romain, la Syrie intérieure était affaire de linguistes et d’archéologues étroitement spécialisés. Tandis que Seyrig ne doutait pas de l’entrée de Palmyre dans l’Empire romain, D. Schlumberger jetait les bases d’une analyse des institutions de Palmyre dans le cadre des institutions civiques de type grec. Plus intéressant encore, le même Schlumberger replaçait plus tard l’art de Palmyre dans un ensemble plus large dans un article fondamental sur « Les descendants non-méditerranéens de l’art grec », publié en 1960. Palmyre restait pourtant aux yeux de beaucoup ce royaume des marges au statut incertain, plus intéressant pour ce qu’elle offrait de spectaculaire que pour son histoire propre.

Avec la fin du mandat et l’indépendance de la Syrie, les travaux se sont multipliés aussi bien avec des restaurations à grande échelle que des fouilles (temple de Bel, temple de Nabu). Des missions venues du monde entier travaillèrent à Palmyre, de plus en plus souvent conjointement avec la DGAM de Syrie : mission suisse au temple de Baalshamin, polonaise au Camp de Dioclétien, au temple d’Allat, au tombeau de Marôna, dans des maisons au nord de la grande colonnade et dans des églises ; française à l’agora, au tombeau des Trois Frères ; japonaise dans les nécropoles sud-est et nord ; américaine à la source Efqa ; allemande au tombeau 36 et dans le quartier dit « hellénistique », ainsi que dans les carrières au nord de la ville ; italienne dans le quartier S-O de la ville ; norvégienne dans les Jebels du nord-est.

Les problématiques n’ont cessé de s’enrichir et de se modifier au gré des découvertes et surtout des préoccupations des sociétés contemporaines, longtemps déformées par les légendes attachées à Zénobie et par les stéréotypes par l’Orient et une vision romantique du désert. Le caractère multiculturel de la cité antique parle à nos sociétés contemporaines, et l’on n’est plus au temps où l’on mesurait le degré de « civilisation » des sociétés indigènes à leur plus ou moins grande « hellénisation ». Palmyre apparaît au contraire aujourd’hui comme l’exemple même d’une société qui a su adopter ce qui lui convenait des influences gréco-romaines sans cesser d’être profondément elle-même. Certes, restent en vogue bien des légendes au sujet de Palmyre, bien des stéréotypes contre lesquels les travaux des historiens peinent à lutter. Le nationalisme exacerbé puise dans la tradition orientalisante occidentale pour faire de Zénobie une préfiguration de la lutte anti-coloniale alors que, bien loin de se présenter en souveraine d’un hypothétique « royaume de Palmyre », elle se proclame clairement impératrice de Rome. Dans le même sens œuvrent, en définitive, ceux qui ne veulent voir dans les éléments gréco-romains de la culture de Palmyre – certes composite pour ne pas dire cosmopolite – qu’un vernis superficiel, une sorte de posture « moderniste », comme si la décision de faire décorer son tombeau ou sa maison de peintures ou de mosaïques à thèmes mythologiques grecs qu’utilisent à la même époque des philosophes néo-platoniciens relevait seulement d’un phénomène de mode, d’une superficialité du paraître, d’un souci de distinction sociale. S’il faut trouver quelque part un vernis superficiel, c’est bien d’abord dans ce type d’analyses globalisantes, qui réduisent tous les individus à des motivations identiques, sans tenir le moindre compte des sentiments intimes des uns et des autres. La riche et vivante société palmyrénienne ne peut se réduire à ces caricatures et sa variété et son originalité ont encore beaucoup à nous apprendre.

Légende de l'image : Perspective générale de la célèbre ville de Palmire. 1759